Apple TV : quand Pluribus fait écho à Foundation, un lien troublant se dévoile

Image d'illustration. PluribusSony Pictures Television / PR-ADN
La série Pluribus, récemment lancée sur Apple TV, intrigue par ses liens inattendus avec Foundation, autre production phare de la plateforme. Cette relation soulève des questions sur l’évolution narrative et les choix créatifs qui façonnent l’univers des séries Apple.
Tl;dr
- Pluribus et Gaia : deux consciences collectives fascinantes.
- Leurs buts et inclusions diffèrent radicalement.
- La frontière entre bien et mal reste trouble.
Deux univers, deux visions de la conscience collective
À l’heure où les œuvres de science-fiction se multiplient autour du concept de l’esprit collectif, rares sont celles qui le traitent aussi frontalement que Pluribus et la saga Foundation d’Isaac Asimov. Curieusement, si les parallèles abondent entre la mystérieuse entité de Pluribus — capable d’englober des foules dans une même psyché — et la planète vivante Gaia, leurs intentions s’opposent diamétralement.
L’inquiétante étrangeté de Pluribus face à l’utopie Gaia
Dans ses premiers épisodes, Pluribus intrigue par son traitement du collectif. L’héroïne, Carol (Rhea Seehorn), se retrouve plongée dans un monde où la notion d’individu vacille au profit d’une entité plurielle, opaque quant à ses origines comme à ses objectifs. Cette perte brutale d’autonomie vire rapidement au cauchemar : des millions, voire près d’un milliard de morts. Chaque faux pas individuel résonne tragiquement à l’échelle du groupe. Ici, l’absence de motivation claire et la violence systémique installent le hivemind comme une force fondamentalement antagoniste.
Sous le signe de Gaia : mémoire planétaire et harmonie globale
Face à ce climat anxiogène, l’univers imaginé par Asimov, lui, propose avec Gaia un modèle aux antipodes. Dans les tomes tardifs de Foundation, on découvre une planète dont chaque être — animal, plante, roche même — participe à une gigantesque conscience partagée. La représentante Bliss incarne cette polyphonie en utilisant le fameux « I/we/Gaia » pour s’exprimer. L’idée d’intimité n’a aucun sens ici : « L’intimité nous est incompréhensible… vouloir ne pas être partie prenante — que sa voix soit inaudible ou ses pensées inaccessibles… » explique-t-elle. Mais loin d’opprimer, ce système vise à préserver l’équilibre général, stockant la mémoire jusque dans la matière inerte.
À noter toutefois une différence majeure : là où le collectif de Pluribus exclut les êtres non-humains, Gaia intègre tout vivant… et bien plus encore.
Bilan moral : utopie ou dystopie ?
La vraie divergence repose sur la finalité. Si le collectif oppressant de Pluribus effraie par sa capacité destructrice et son opacité morale, celui de Gaia nourrit un projet quasi-messianique : sauver l’humanité et essaimer cette harmonie vers une hypothétique « Galaxia ». De quoi semer le trouble chez les amateurs de science-fiction contemporaine. Faut-il redouter ces intelligences collectives ou espérer leur avènement ?
Pour résumer ces débats autour des consciences partagées :
- Elles remettent en question notre rapport à l’individu.
- Elles interrogent nos peurs face à la perte du soi.
- Elles ouvrent des perspectives fascinantes sur le vivre-ensemble.
Chaque récit laisse planer un doute inconfortable, mais stimulant : et si tout dépendait du contexte ? Voilà qui devrait faire réfléchir… surtout à l’ère de l’intelligence artificielle.
