Un anime d’horreur contemporain cache en réalité une reprise secrète d’un classique des années 60

Image d'illustration. MonsterMadhouse / PR-ADN
Un anime d’horreur récemment sorti revisite en toute discrétion une série télévisée emblématique des années 1960. Derrière son atmosphère sombre, il rend hommage à un classique oublié du petit écran, surprenant ainsi les amateurs du genre.
Tl;dr
- « Monster » s’inspire fortement de « The Fugitive ».
- Trois figures clés : le fugitif, le chasseur, le coupable.
- Transposition du récit dans l’Europe post-guerre froide.
Des racines américaines à l’Europe de l’Est : la traque revisitée
Derrière la réussite incontestée de « Monster », on trouve une source d’inspiration étonnante : la série américaine « The Fugitive », diffusée sur ABC entre 1963 et 1967. Ce classique mettait en scène le docteur Richard Kimble, accusé à tort du meurtre de sa femme et poursuivi sans relâche à travers les États-Unis par l’inspecteur Gerard, déterminé à l’arrêter. Si chaque épisode adoptait une structure autonome — Kimble arrivant dans une nouvelle ville, aidant un inconnu avant de reprendre sa fuite — un fil rouge s’imposait peu à peu : la recherche du véritable assassin, un mystérieux homme manchot.
Le schéma a essaimé bien au-delà des frontières américaines : des adaptations japonaises jusqu’à influencer la création de mangas phares. D’ailleurs, Naoki Urasawa, mangaka japonais né en 1960 à Tokyo, reconnaît volontiers cette filiation : « J’ai vu ‘The Fugitive’ tout jeune, et ce scénario d’un médecin injustement accusé obligé de fuir m’a profondément marqué », confiait-il en 2019.
L’écho européen d’une course-poursuite universelle
Pourtant, « Monster » ne se contente pas d’une simple transposition. L’histoire s’ouvre dans l’Allemagne d’après-guerre froide : le neurochirurgien japonais Kenzo Tenma doit prendre la fuite après avoir été accusé à tort des crimes perpétrés par son ancien patient, Johan Liebert. Détail notable : Tenma n’entre réellement en cavale qu’au huitième épisode (« The Fugitive »), choisissant d’abord de soigner plutôt que de fuir.
Le décor allemand ne relève pas du hasard ; comme Urasawa le justifie lui-même, « le secteur médical japonais a longtemps regardé vers l’Allemagne ; placer mon histoire là-bas m’a paru naturel ». Un choix qui permet aussi d’explorer les cicatrices laissées par les régimes totalitaires sur la société allemande contemporaine.
Derrière le fugitif : coupable et traqueur revisités
Là où The Fugitive proposait un criminel somme toute banal, « Monster » fait basculer son intrigue avec Johan Liebert. Ce dernier n’est ni plus ni moins qu’un manipulateur génial à la beauté angélique, capable d’entraîner les âmes vers le chaos rien qu’avec ses paroles — bien loin du simple cambrioleur à un bras. En miroir, l’inspecteur Lunge devient l’incarnation obsessionnelle de la traque ; il partage physiquement certains traits avec son prédécesseur Gerard mais adopte une posture analytique quasi-holmesienne, transformant chaque crime en énigme intime.
Au fil des épisodes, Urasawa enrichit sa galerie : Tenma croise notamment une orpheline vietnamienne administrant clandestinement une clinique pour sans-papiers ou recueille Dieter, un enfant maltraité qui deviendra son compagnon de route. On observe alors que :
- L’empathie médicale reste centrale chez Tenma : sauver plutôt que juger.
- L’ambiguïté morale colore tous les protagonistes.
- L’Europe post-mur sert de toile de fond aux tourments modernes.
Permanence des motifs et singularité narrative
Si « Monster » emprunte son ossature à un feuilleton emblématique du XXe siècle américain, il en transcende rapidement les codes : complexification psychologique des personnages principaux, tension croissante et densité morale inattendue. Et si parfois la fiction semble tourner autour d’un triangle classique — poursuivant/poursuivi/coupable — Urasawa démontre qu’en variant cadres et sensibilités culturelles… on peut renouveler indéfiniment l’art du suspense.
