Rod Serling, créateur de La Quatrième Dimension, s’est exprimé sans détour sur Star Trek

Image d'illustration. The Twilight ZoneCBS / PR-ADN
Rod Serling, le créateur visionnaire de The Twilight Zone, s’est exprimé sans détour sur la série Star Trek, livrant une opinion franche et directe qui révèle la façon dont il percevait ce phénomène télévisuel emblématique de la science-fiction.
Tl;dr
- Serling juge « Star Trek » inégal et peu littéraire.
- « The Twilight Zone » explore des thèmes adultes et variés.
- Deux visions opposées de la science-fiction télévisée.
Deux figures majeures de la science-fiction télévisée
Quiconque s’intéresse à la science-fiction connaît inévitablement l’influence de Rod Serling et Gene Roddenberry. Le premier a marqué les esprits avec son anthologie emblématique, The Twilight Zone, diffusée sur CBS entre 1959 et 1964. En cinq saisons, la série a posé les bases d’une télévision audacieuse, où chaque épisode s’aventure dans des territoires inexplorés : du surnaturel à la satire sociale, en passant par des récits sur les faiblesses humaines. À l’inverse, Star Trek, imaginé par Roddenberry et diffusé également sur CBS à partir de 1966, privilégie un récit continu centré sur un vaisseau spatial et une humanité idéalisée.
L’œil critique de Rod Serling sur « Star Trek »
Pourtant, ces deux séries n’ont pas reçu le même regard critique de la part de leur créateur respectif. Interrogé en 1970 par James Gunn, Rod Serling n’a pas caché sa réserve envers Star Trek. Il jugeait la série « très inégale […] parfois brillante d’ingéniosité pure, mais trop souvent plus proche du spectacle de foire que d’une véritable œuvre littéraire légitime ». Son attachement à une science-fiction ambitieuse transparaît ici : pour lui, seules les œuvres s’inspirant réellement de la littérature – à l’image de « Tales of Tomorrow », adaptant Wells ou Shelley – avaient cette profondeur qu’il recherchait.
Des approches créatives diamétralement opposées
Si l’on compare les ambitions des deux hommes, le contraste est frappant. Là où Serling veut explorer sans contrainte morale ni format fixe les zones d’ombre de l’âme humaine, Roddenberry préfère embarquer le public dans des aventures collectives pleines d’espoir pour l’avenir. Les épisodes parfois enfantins ou fantaisistes de Star Trek, jalonnés de dieux facétieux ou d’intrigues tirées des pulps, tranchent avec l’esprit adulte et tourmenté du The Twilight Zone. C’est aussi une question de style : Serling puise dans le théâtre et la littérature alors que Roddenberry rêve davantage d’épopées maritimes transposées dans l’espace.
Maturité narrative et héritage culturel
La question demeure : « Star Trek » était-elle destinée à un public adulte ? Malgré ses messages utopiques sur la paix universelle et l’abolition des préjugés, la série originale alternait entre éclairs de génie et scénarios naïfs. Mais peut-on lui reprocher ses imperfections ? Après tout, elle portait déjà en germe une vision qui inspire encore aujourd’hui. Finalement, entre exigence littéraire revendiquée par Serling et optimisme fédérateur prôné par Roddenberry, ces deux monuments ont façonné durablement le visage de la science-fiction à la télévision.
