Le scénariste de « Projet Dernière Chance » a vécu un cauchemar en adaptant le film avec Ryan Gosling

Image d'illustration. Projet Dernière ChanceMetro-Goldwyn-Mayer / PR-ADN
L’adaptation cinématographique de « Projet Dernière Chance » avec Ryan Gosling a posé de sérieux défis à son scénariste, qui a décrit le processus comme particulièrement complexe et éprouvant. L’écriture du scénario s’est révélée bien plus ardue que prévu.
Tl;dr
- Adapter les romans d’Andy Weir pose de vrais défis.
- Créer des aliens crédibles en cinéma reste complexe.
- L’amitié Rocky-Grace a conquis le public.
Réinventer l’altérité extraterrestre au cinéma
Sous la plume d’Andy Weir, la science-fiction s’écarte souvent des antagonismes classiques pour privilégier la collaboration face à l’inconnu. Or, transposer cette approche sur grand écran – là où l’industrie réclame habituellement des conflits lisibles et des antagonistes marqués – n’a rien d’évident. Ce défi, relevé avec brio sur « The Martian », se retrouve redoublé dans l’adaptation de « Projet Dernière Chance », portée par le scénariste Drew Goddard. Cette fois-ci, il ne s’agissait pas seulement de vulgariser les subtilités scientifiques chères à Weir, mais aussi de donner corps et âme à un personnage proprement inhumain : Rocky.
Rocky, un alien qui bouleverse les codes
Créer un extraterrestre attachant sans visage ni regard humain représentait une gageure. Rocky, ingénieur venu d’ailleurs, communique grâce aux sons et n’a aucune ressemblance physique rassurante pour le spectateur terrien. Pourtant, son duo improbable avec le scientifique Ryland Grace (interprété par Ryan Gosling) face à la menace de l’Astrophage – une microbe capable de dévorer les étoiles – a su générer une véritable empathie. La performance vocale et animatronique de James Ortiz, associée au talent d’écriture de Goddard, fait surgir un personnage mémorable à partir d’un concept quasi abstrait.
L’art délicat de représenter l’Autre en science-fiction
La littérature et le cinéma de science-fiction aiment jouer avec la notion d’altérité radicale. Certains récits, comme ceux de Cixin Liu (« Le Problème à trois corps »), contournent même la difficulté en ne révélant jamais l’apparence réelle des aliens ; d’autres optent pour des métaphores ou brouillent nos repères sensoriels. On se souvient du choix audacieux dans « Arrival » où les heptapodes restent mystérieux et indéchiffrables – leur langage défiant toute linéarité narrative classique.
Pour adapter ce type de créature, quelques constantes émergent :
- Miser sur l’émotion plutôt que sur le spectaculaire visuel.
- S’appuyer sur des performances vocales ou animées innovantes.
- Déjouer l’attente du public face à la figure classique du monstre.
Un pari réussi pour Drew Goddard et son équipe
Si « Projet Dernière Chance » marque autant, c’est sans doute parce que ses créateurs ont transformé leurs propres contraintes en force créative. L’absence initiale de langage commun entre Rocky et Grace devient même un moteur narratif : chaque étape franchie est synonyme de rapprochement entre deux intelligences que tout opposait. À en juger par la réception enthousiaste du public envers Rocky sur Internet, il semble bien que ce pari osé ait trouvé son public – preuve que la SF n’a pas fini d’explorer la richesse de nos différences… même galactiques.
