L’ambitieux Napoléon de Stanley Kubrick : le chef-d’œuvre inachevé du cinéma

Image d'illustration. NapoléonColumbia Pictures / PR-ADN
Considéré comme un projet légendaire du cinéma, le film sur Napoléon imaginé par Stanley Kubrick n’a jamais vu le jour. Souvent cité parmi les plus grandes œuvres inachevées, il continue de fasciner cinéphiles et historiens.
Tl;dr
- Stanley Kubrick avait consacré une grande partie de sa carrière à un projet de film sur Napoléon Bonaparte, qu’il rêvait de transformer en fresque historique définitive.
- Il avait accumulé une documentation colossale sur l’Empereur, allant jusqu’à étudier en détail sa vie quotidienne, ses campagnes militaires et ses proches.
- Malgré son ambition et un travail titanesque, le film sur Napoléon ne verra jamais le jour et reste une œuvre fantôme du cinéma.
Kubrick et son Napoléon fantôme
L’histoire du projet avorté de Stanley Kubrick consacré à Napoléon Bonaparte résonne comme l’un des plus grands regrets du cinéma moderne. Dans la foulée du succès retentissant de 2001: L’Odyssée de l’espace, le cinéaste se lance corps et âme dans une œuvre qui, à ses yeux, doit devenir tout simplement le « meilleur film jamais réalisé ». Cette ambition n’est pas anodine venant d’un réalisateur qui n’a jamais reculé devant l’exigence.
Pour donner vie à cette fresque, Stanley Kubrick s’entoure d’une armée d’assistants, multiplie les contacts avec les meilleurs spécialistes, et ingère une masse considérable de documentation : près de 278 ouvrages ainsi que des milliers d’articles savants. La minutie va jusqu’à la création de 25.000 fiches retraçant la trajectoire de chaque personnage ayant croisé la route de l’Empereur. Il prévoit même d’orchestrer des scènes de bataille colossales, mobilisant des milliers de figurants, en partie recrutés parmi les troupes roumaines.
Entre casting prestigieux et volonté de maîtrise
Au casting, la promesse est forte : c’est Jack Nicholson, alors en pleine ascension à Hollywood, qui doit incarner le rôle-titre. Pour le reste, Stanley Kubrick privilégie des comédiens moins connus afin d’éviter d’exploser le budget, sujet sur lequel il consacre plusieurs pages de notes stratégiques. Il tente également d’enrôler Audrey Hepburn pour Joséphine ; elle décline toutefois la proposition.
Sa méthode laisse sans voix tant elle est immersive : Stanley Kubrick s’approprie même certaines habitudes alimentaires de Napoléon durant ses recherches, étonnant jusqu’à ses proches collaborateurs.
L’échec commercial d’un autre film enterre le projet
Mais tout bascule au début des années 1970. Le réalisateur soviétique Sergueï Bondartchouk, soutenu par Dino De Laurentiis, sort son propre blockbuster historique intitulé Waterloo. Malgré ses moyens titanesques, le film se solde par un échec cuisant en salle. Les studios hollywoodiens prennent peur face aux coûts exorbitants et aux risques financiers associés au genre du film historique. Résultat : plus personne ne veut financer Napoléon, malgré tous les plans d’économie avancés par Stanley Kubrick.
Parmi les éléments marquants soulignés par les témoins :
- MGM ne s’était engagée qu’en pré-production.
- L’impact psychologique sur Jack Nicholson fut profond, ce dernier allant jusqu’à vouloir ressusciter le projet lui-même.
- Stanley Kubrick recyclera finalement nombre de ses idées dans Barry Lyndon.
L’héritage vivant d’un chef-d’œuvre invisible
Si ce biopic n’a jamais vu le jour, ses traces hantent toujours le cinéma contemporain. Un ouvrage fleuve publié par la maison d’édition allemande Taschen, ainsi que des scénarios retrouvés dans une mine au Kansas, permettent aux passionnés d’explorer ce qui aurait pu être un sommet cinématographique. Récemment encore, Steven Spielberg annonçait vouloir adapter cette matière pour une mini-série ambitieuse confiée à Cary Joji Fukunaga.
Ainsi, bien que Napoléon demeure l’arlésienne absolue du septième art, son mythe continue d’inspirer, alimentant l’espoir qu’un jour peut-être, ce portrait unique verra enfin le jour sur nos écrans.
