Ce roman oublié des années 1950 éclaire autrement les X-Men

Image d'illustration. X-MenMarvel / PR-ADN
Bien avant les mutants de Marvel, un roman de 1953 posait déjà les bases d’une humanité « supérieure ». Et Hollywood l’ignore encore.
En bref
- Les X-Men ont des racines plus anciennes
- Un roman de 1953 rappelle fortement Marvel
- Hollywood tient peut-être un vrai bon film
On associe spontanément les X-Men à Marvel, à Stan Lee et à Jack Kirby. C’est vrai, évidemment. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Bien avant 1963, la science-fiction travaillait déjà cette idée d’une humanité en train de muter, de laisser derrière elle Homo sapiens pour autre chose.
Avant Marvel, la science-fiction préparait déjà le terrain
Chez les X-Men, les pouvoirs apparaissent à l’adolescence et peuvent prendre toutes les formes, de la guérison accélérée aux rayons optiques, en passant par la force ou même le voyage dans le temps. Stan Lee avait d’ailleurs reconnu que faire de ses héros des mutants lui évitait d’inventer une origine pour chacun. Ils naissaient ainsi, point.
Mais cette idée n’arrive pas de nulle part. Dans First and Last Men, publié en 1930 par Olaf Stapledon, l’humanité traverse plusieurs étapes d’évolution après Homo sapiens. Et dans Childhood’s End, le roman de 1953 signé Arthur C. Clarke, des enfants humains développent des capacités psychiques et la télékinésie après un siècle de supervision extraterrestre. Chez Marvel, on parlera plus tard de Homo superior. Le vocabulaire change un peu, le fond beaucoup moins.
Le roman de Theodore Sturgeon qui ressemble étrangement à un proto X-Men
Le cas le plus frappant, c’est More Than Human, roman de 1953 de Theodore Sturgeon. Si son nom vous dit quelque chose, ce n’est pas un hasard. L’écrivain a aussi signé pour Star Trek les épisodes Shore Leave et Amok Time, celui qui contient pour la première fois la formule « Longue vie et prospérité ». Il avait également écrit Killdozer! en 1944, plus tard adapté en téléfilm.
Dans More Than Human, Sturgeon assemble plusieurs textes antérieurs pour raconter l’histoire d’un groupe d’êtres surévolués. On y suit d’abord un homme sans domicile, capable d’influencer psychiquement les autres. Il croise une jeune femme dotée de pouvoirs, tuée par son père lorsqu’il découvre sa nature. Puis vient Lone, figure centrale qui finit par rejoindre d’autres exclus dans les bois. Des rejetés, perçus avec méfiance, qui se rassemblent entre eux. Franchement, la parenté avec les mutants de Marvel saute aux yeux.
Ils se nomment homo gestalt. À terme, ils sont six, et certains peuvent se téléporter ou fabriquer des dispositifs antigravité. Lone, lui, a presque quelque chose d’un Professeur X avant l’heure.
Pourquoi une adaptation cinéma aurait du sens aujourd’hui
Le roman va même plus loin. Dans sa seconde partie, un personnage nommé Gerry prend une place d’antagoniste avant d’être ramené au groupe, puis accepté. Et l’équipe entre en contact psychique avec un esprit collectif d’homo gestalt dispersés à travers le monde. Difficile de ne pas penser à Cerebro, la machine capable de repérer les mutants partout sur Terre.
Bon, adapter une œuvre qui a inspiré d’autres franchises n’est jamais une garantie. Valerian and the City of a Thousand Planets, tiré de Valérian et Laureline, s’est planté malgré l’influence évidente de la BD sur Star Wars. Même histoire pour John Carter, issu des romans d’Edgar Rice Burroughs, énorme source d’inspiration pop mais échec au box-office.
L’avantage de More Than Human, c’est qu’il ne copie pas directement les X-Men. Pas de costumes, pas de vigilantisme, pas de marque déjà trop vue. Un film situé dans les années 1950 pourrait justement lui rendre sa place, celle d’un vrai point d’origine culturel. Et ça, pour Hollywood, ce n’est pas un détail.
