Avant de devenir un carton, Ace Ventura inquiétait même Jim Carrey. Le film a lancé sa folie comique, mais une partie a très mal vieilli.
En bref
- Jim Carrey craignait un rejet total
- Le public a adoré, pas les critiques
- Le twist final pose un vrai problème
On retient souvent l’explosion Jim Carrey. On oublie un détail, pourtant décisif, il pensait que Ace Ventura allait soit électriser les salles, soit les braquer d’un bloc. Et franchement, vu l’objet, ce n’était pas absurde.
Un film qui ne pouvait fonctionner qu’en roue libre
Chez Ace Ventura, l’intrigue tient presque sur un coin de table. Ace, détective animalier à Miami, doit retrouver Snowflake, le dauphin mascotte des Miami Dolphins, enlevé juste avant le Super Bowl. Une bague de champion l’oriente vers un ancien joueur, pendant que la police le méprise et que le lieutenant Einhorn, joué par Sean Young, le déteste ouvertement.
Le vrai moteur, ce n’est pas le mystère. C’est Carrey, en dessin animé grandeur nature, grimaces, voix absurdes, gestes qui partent dans tous les sens, jusqu’à parler avec son postérieur. Le film vit là-dessus, presque uniquement. Autour, on croise Courtney Cox, Tone Loc et la légende des Dolphins, Dan Marino. Quant à Sean Young, en tentative de retour après des années compliquées, elle décroche ce rôle parce que Carrey a insisté pour elle. Quand on voit le résultat, c’est quand même une drôle de récompense.
Carrey n’était pas le choix évident, puis il a tout redéfini
Au départ, les producteurs voulaient Rick Moranis. Il a refusé. Ont aussi été envisagés, dans un autre ordre, Whoopi Goldberg, Alan Rickman et Judd Nelson. Aujourd’hui, c’est presque impossible à imaginer tant le rôle colle à la peau de Carrey.
Ce qui a fait basculer le projet, c’est In Living Color. Les producteurs y ont vu ce qu’il pouvait apporter, et lui avait déjà sa boussole. Il expliquait à Los Angeles Times : « Dès le début de mon implication, j’ai dit que le personnage devait être rock’n’roll. Il devait être le 007 des détectives pour animaux. Je voulais être ridiculement irrésistible, et ils m’ont laissé partir en roue libre. » Le réalisateur Tom Shadyac, qui travaillait d’abord sur une version plus proche de Fletch, a ensuite vu son stand-up. Là, il a compris. Il l’a laissé réécrire, improviser, pousser le curseur.
Les critiques ont grimacé, le public a suivi
Carrey racontait à Roger Ebert qu’il savait tenir un film que le public allait adorer ou détester, et que le plus frustrant, dans les critiques négatives, venait du fait qu’on ne reconnaissait pas l’audace du geste. Pour lui, jouer ce scénario de manière réaliste l’aurait rendu plat, voire pénible.
Ebert, justement, lui a mis une étoile. Ça n’a pas empêché le film de devenir un succès surprise, avec environ 98 millions d’euros au box-office mondial (107 millions de dollars) pour un budget d’environ 14 millions d’euros (15 millions de dollars). Et la suite a elle aussi très bien marché. Résultat ? Le public a tranché.
Le vrai frein aujourd’hui, ce n’est pas l’excès, c’est le twist
Là où le film coince vraiment en 2026, ce n’est pas son côté puéril. C’est son traitement ouvertement transphobe. Le twist révèle que Einhorn est en réalité Ray Finkel, ancien joueur devenu obsédé par sa vengeance contre Dan Marino après un field goal raté au Super Bowl de 1984.
Tout le dernier acte est construit pour humilier ce personnage. Ace vomit, se brosse frénétiquement les dents, brûle ses vêtements et s’effondre sous la douche après avoir compris qu’il l’a embrassé plus tôt. Puis il la déshabille devant toute la police pour « prouver » son identité, avant de la jeter dans une piscine et de lui envoyer de la poussière au visage. Bon, on peut admirer la puissance comique de Jim Carrey à ce moment de sa carrière. Mais on voit aussi très bien ce que l’industrie acceptait alors, et ce que le public ne laisse plus passer aujourd’hui.