Bien avant Le Silence des agneaux, Hannibal Lecter apparaissait au cinéma dans un thriller de Michael Mann. Un anniversaire qui remet ce premier visage en lumière.
En bref
- Hannibal Lecter apparaît au cinéma dès 1986
- Brian Cox l’incarne avant Anthony Hopkins
- Manhunter a échoué avant de devenir culte
On associe presque automatiquement Hannibal Lecter au visage d’Anthony Hopkins. Pourtant, le personnage avait déjà fait son entrée au cinéma cinq ans plus tôt, dans un film que pas mal de spectateurs n’ont tout simplement jamais vu au moment de sa sortie.
Un anniversaire qui bouscule la mémoire des fans
En 1986, Michael Mann signe Manhunter, adaptation de Red Dragon, le premier roman de Thomas Harris mettant en scène le personnage. On y découvre un jeune Brian Cox dans le rôle du docteur Hannibal Lecktor, avec un nom écrit différemment. Détail minuscule, mais révélateur, on est encore avant la version figée dans la pop culture.
Le film vient d’ailleurs de bénéficier d’un Final Cut sorti au cinéma pour ses 40 ans. Preuve que sa place a changé avec le temps.
Pourquoi Hopkins a écrasé tout le reste
La suite, vous la connaissez. En 1991, Le Silence des agneaux transforme Hopkins en référence absolue. Son interprétation lui vaut l’Oscar du meilleur acteur lors de la 64e cérémonie, et l’American Film Institute classe son Lecter numéro 1 des grands méchants du cinéma, devant Norman Bates, Darth Vader et la Méchante Sorcière de l’Ouest.
Résultat, même si ses retours dans Hannibal et Red Dragon ont moins marqué, c’est bien cette version qui est restée l’image par défaut du personnage. Pour beaucoup, Lecter, c’est lui. Pas Cox.
Le film que tout le monde citait sans l’avoir vu
C’est là que Manhunter devient fascinant. Aujourd’hui aimé, souvent défendu pour la signature visuelle de Mann, le film avait pourtant raté sa sortie. En salles, il n’aurait rapporté qu’environ 8 millions d’euros (8,6 millions de dollars) dans le monde à l’été 1986.
Les critiques de l’époque, qui le réduisaient à du style sans véritable fond, n’ont pas aidé. Brian Cox, dans son autobiographie Putting the Rabbit in the Hat, racontait avec agacement que Manhunter était devenu « ce film dont tout le monde parlait mais que personne n’avait vu ». Et franchement, la formule résume bien son destin.
Brian Cox jouait un monstre beaucoup plus discret
Ce qui distingue Cox, ce n’est pas seulement l’antériorité. C’est la méthode. Il expliquait avoir adoré le film et regretté de ne pas avoir repris le rôle dans Le Silence des agneaux. Thomas Harris lui avait même envoyé un exemplaire du roman avec ce mot, un peu cruel avec le recul, « J’espère qu’un jour vous ferez celui-ci ».
Son Lecktor n’a rien du prédateur théâtral de Hopkins. Cox résumait la différence ainsi, « Tony le jouait fou, moi je le jouais aliéné, et il y a une différence entre la folie et l’aliénation ». Chez lui, le personnage est d’abord un intellectuel, très malin, presque banal en apparence. Pas de château de Dracula, pas de grand numéro. Une menace lente, qui se glisse sous la peau.
Et c’est sans doute pour ça que cet anniversaire compte. Il rappelle qu’un personnage culte ne naît pas toujours dans sa version la plus célèbre. Parfois, il commence dans un film raté en salles, puis revient hanter la culture bien plus tard.