Lanterns séduit, mais son terrain de jeu n’a rien de neuf. Quatre séries achevées, mieux notées par la critique, montrent jusqu’où le polar TV peut aller.
En bref
- Lanterns fonctionne, mais n’invente pas ce terrain
- Quatre séries finies font mieux côté critique
- 76 épisodes au total, tous déjà disponibles
Le plus intéressant avec Lanterns, ce n’est pas qu’elle marche. C’est qu’elle rappelle à quel point la télévision a déjà poussé le polar dans des coins vraiment bizarres, parfois brillants, souvent sous-regardés.
Chez HBO, la promesse était claire dès le départ. Peter Safran parlait d’une approche proche de True Detective, et James Gunn expliquait que Tom King voulait précisément une version de Green Lantern construite sur cette base. Dans la série, Hal Jordan et John Stewart, deux flics intergalactiques, se retrouvent happés par un meurtre ancré sur Terre, au cœur de l’Amérique, avec des ramifications cosmiques. Et ça prend. Après cinq épisodes sur huit, la saison tient 92% sur Rotten Tomatoes, avec 121 critiques, et son lancement a attiré 9,3 millions de spectateurs dans le monde en trois jours.
Lanterns marche, mais le décor existait déjà
Le point n’est donc pas de démonter Lanterns. Plutôt de rappeler qu’elle roule sur une route ancienne. Une série d’enquête devient vraiment décalée quand elle casse la mécanique même de l’enquête, pas quand elle ajoute juste un héros un peu étrange ou une belle photo sombre.
Ici, quatre titres remplissent la barre fixée. L’investigation est leur moteur, pas un simple habillage. Leur idée formelle change concrètement la façon de chercher la vérité. Leur histoire est complète, donc visible de bout en bout. Et chacun affiche un score critique supérieur aux 92% de Lanterns. Résultat, seulement quatre séries. Mais quelles quatre.
Quand l’enquête change vraiment de forme
D’abord, Pushing Daisies. Diffusée sur ABC entre 2007 et 2009, la série de Bryan Fuller cumule 22 épisodes et 96% sur Rotten Tomatoes. Son idée est folle et très simple. Ned, pâtissier, peut ramener les morts à la vie d’un contact, mais pendant soixante secondes seulement, sous peine de provoquer une autre mort. Avec un détective privé, il résout des meurtres en demandant directement à la victime qui l’a tuée. L’entretien devient toute l’enquête. La série ajoute une romance impossible avec Chuck, son amour d’enfance, qu’il ne peut plus toucher. Elle n’est pas disponible en streaming aux États-Unis, seulement à l’achat numérique.
Quatre façons de tordre le polar
Poker Face, créée par Rian Johnson, va ailleurs. 22 épisodes aussi, mais 97%. Charlie Cale détecte les mensonges, pas la vérité. C’est capital. Chaque épisode montre d’abord le meurtre et son auteur, puis replace Charlie dans le cadre. On ne « résout » pas avec elle, on la regarde remonter vers ce qu’on sait déjà. Deux saisons, dix épisodes puis douze, et une annulation par Peacock en novembre 2025. Au moins, l’ensemble est bouclé.
Avec American Vandal, Netflix pousse encore le curseur. 16 épisodes, 98%. La série reprend tout l’arsenal du true crime prestigieux pour enquêter sur des dessins obscènes peints sur 27 voitures de lycée. La blague est évidente, mais le traitement reste sérieux pendant huit épisodes, puis huit autres autour d’un crime différent dans une école catholique. Annulée en 2018, elle comprend mieux que beaucoup de séries récentes que le format lui-même peut devenir le suspect.
Et puis il y a Life on Mars. 16 épisodes, 100%, diffusés sur BBC One entre 2006 et 2007. Après un accident en 2006, l’inspecteur Sam Tyler se réveille en 1973. Voyage dans le temps, coma, mort, la série refuse de trancher. Et cette incertitude attaque directement le travail policier, puisque Sam applique des méthodes venues d’un futur qui n’existe peut-être pas.
Pourquoi cette comparaison compte déjà
Bon, juger un mystère avant sa fin reste risqué, et Lanterns a encore trois épisodes pour élargir son propos. Mais ces quatre séries montrent autre chose. Interroger la victime, révéler le meurtrier d’emblée, traiter le trivial avec le sérieux du prestige, faire douter un flic de son siècle même, tout ça dit la même chose. Le polar télé avance quand il attaque ses propres règles. Si Lanterns veut durer dans cette conversation, c’est là que tout se joue.