Terminée depuis dix ans, cette série de SF en quatre saisons reste d’une étonnante actualité. Et elle se regarde aujourd’hui très facilement en streaming.
- Continuum mélange SF temporelle et thriller policier
- La série évite les paradoxes faciles et les héros simples
- Les quatre saisons sont disponibles en streaming
Dix ans après sa fin, Continuum n’a pas pris la poussière. C’est même l’inverse. À l’heure où la tech privée pèse de plus en plus lourd dans le débat public, cette série canadienne de Simon Barry, lancée en 2012 sur Showcase puis diffusée à l’international sur Syfy, retrouve une drôle de netteté.
Une dystopie qui ne vous prend jamais par la main
Le point de départ est très efficace. En 2077, les gouvernements démocratiques ont laissé la place à une oligarchie d’entreprises, dans une société ultra militarisée. Quand Liber8, un groupe d’activistes anti-corporate condamnés à mort, s’échappe grâce à un dispositif expérimental et remonte 65 ans dans le temps, l’agente de protection urbaine Kiera Cameron, jouée par Rachel Nichols, est projetée avec eux.
La voilà coincée dans le Vancouver de 2012, à traquer ces fugitifs tout en essayant de comprendre un monde qui n’est plus le sien. Le dispositif est simple sur le papier. Mais il ouvre tout de suite quelque chose de plus intéressant qu’un simple jeu de paradoxes.
Le vrai piège, c’est que personne n’a complètement raison
C’est là que Continuum devient plus forte que pas mal de séries du genre. Kiera Cameron n’est pas la résistante évidente qu’on attendait. Elle défend un régime dystopique qu’elle voit, au départ, comme une force d’ordre légitime.
En face, Liber8, emmené par Edouard Kagame incarné par Tony Amendola, se bat pour empêcher un monopole des entreprises sur la liberté humaine. Le motif est noble. Les méthodes, elles, provoquent des morts de masse. Résultat ? Vous devez juger les actes, pas juste choisir un camp.
Et la série complique encore ce nœud moral avec les alliances de Kiera Cameron. Elle travaille avec le détective Carlos Fonnegra, joué par Victor Webster, mais aussi avec un jeune prodige de la tech, Alec Sadler, interprété par Erik Knudsen. Or ce même Alec Sadler deviendra l’architecte de l’infrastructure corporate que Liber8 veut détruire. Protéger le futur qu’on redoute, clairement, la série tient quelque chose.
Une petite échelle visuelle, une grande ambition de récit
Son autre bonne idée, c’est de ne pas gaspiller son énergie à singer le blockbuster. Au lieu d’empiler les effets, Simon Barry ramène son concept de voyage temporel dans un cadre de procédure policière. Kiera Cameron et Carlos Fonnegra enquêtent sur des affaires liées à Liber8, ce qui garde la série au niveau de la rue tout en élargissant ses questions.
Même logique pour la mise en scène. La production assume Vancouver telle qu’elle est, sans maquiller la ville pour la faire passer pour une autre métropole. Du coup, le budget effets spéciaux se concentre sur quelques éléments précis, la vision tactique du costume futuriste de Kiera Cameron ou de rares aperçus de 2077, et ça suffit.
Mais le plus rare reste ailleurs. La série a été pensée avec une vraie trajectoire dès le départ, et ça se sent. La chronologie n’est pas un bouton magique que les scénaristes réécrivent dès qu’ils coincent. La causalité est prise au sérieux, les paradoxes s’empilent avec méthode, et le final ose reconfigurer tout le cadre moral de l’histoire.
Et la bonne nouvelle, c’est qu’elle est partout
Si vous l’aviez ratée, le rattrapage ne demande aucun effort. L’intégrale de Continuum, soit ses quatre saisons, est disponible sur Amazon Prime Video, Peacock, mais aussi sur des plateformes avec publicité comme Plex, Pluto TV et The Roku Channel.
Ce n’est pas juste une vieille série de SF à cocher dans une watchlist. C’est aussi un rappel assez net, quand même, d’une chose simple, les fictions sur le futur parlent souvent très bien du présent.