Dan Harmon, créateur de Rick et Morty, livre une réflexion surprenante sur le canon de la série

Image d'illustration. Rick & MortyRick et Morty / PR-ADN
Dan Harmon, créateur de la série animée Rick and Morty, partage une réflexion étonnante sur la notion de canon dans les œuvres de fiction. Sa vision, originale et décalée, interpelle autant les fans que les spécialistes du genre.
Tl;dr
- Dan Harmon préfère défier le canon dans ses récits.
- La Story Circle sert de guide, jamais de contrainte.
- « Rick & Morty » doit son succès à cette liberté.
L’équilibre délicat entre canon et créativité selon Dan Harmon
S’il est un nom indissociable de la création animée contemporaine, c’est bien celui de Dan Harmon. Derrière le succès phénoménal de Rick & Morty, et la série culte Community, cet auteur s’est imposé comme un maître du récit anticonformiste. Lors d’une récente table ronde réunissant les esprits créatifs de l’animation — dont Genndy Tartakovsky, Joe Cappa et lui-même — sous l’égide du président d’Adult Swim, la question de la place du « canon » dans les histoires n’a pas tardé à émerger.
Casser les règles du canon… mais avec méthode
À ce sujet, la vision de Dan Harmon détonne franchement. Pour lui, le canon — ce corpus officiel et validé autour duquel gravite tout univers fictif — agit à la fois comme garde-fou et obstacle. Interrogé sur sa position, il explique, non sans ironie : « Le canon, c’est comme la gravité pour l’aéronautique : tout fonctionne grâce à elle, mais il s’agit aussi de ce que l’on cherche à défier. C’est ce qui ramène tout au sol… même si on finit toujours par y succomber. » Une analogie qui traduit bien ses tiraillements d’auteur naviguant entre multivers et temporalités chaotiques.
Mais attention : cette défiance ne se veut pas négation du cadre. Plutôt une façon d’en repousser les limites sans jamais perdre pied. Si l’attachement au canon renforce l’investissement émotionnel des spectateurs pour des personnages récurrents, il augmente aussi, selon lui, « les risques de se tromper ». Avec humour, il avoue même craindre l’engagement à long terme envers un univers trop balisé : « Le public et moi nous faisons trop confiance ; parfois je rentre ivre chez moi et… voilà le désastre ! »
L’art du récit libre : quand la Story Circle devient boussole
Le véritable tour de force réside dans cette capacité à jongler entre structure narrative et créativité débridée. Créateur du célèbre modèle du Dan Harmon Story Circle, utilisé par nombre de scénaristes pour garantir cohérence et rythme à leurs récits, Harmon refuse pourtant d’en faire un dogme. À ses yeux, il ne s’agit là que d’un outil parmi d’autres : « Les modèles narratifs sont des boussoles, pas des lois… On peut s’en affranchir quand on maîtrise le terrain », lance-t-il en citant pêle-mêle voyages psychédéliques ou exploits sportifs improbables.
Pour mieux comprendre sa philosophie, voici comment il conçoit ces outils :
- Boussole narrative : guider sans contraindre la créativité.
- Pilotage par l’instinct : laisser place à l’imprévu une fois les bases acquises.
Un succès bâti sur l’irrévérence maîtrisée
La recette fonctionne indéniablement : non content d’avoir raflé trois Primetime Emmy Awards, Harmon continue d’attirer une communauté passionnée autour de ses séries. Finalement, c’est peut-être cette savante alternance entre respect du cadre et transgression jubilatoire qui fait toute la singularité — et le succès durable — de son œuvre animée.
