Bien avant Vinland Saga, un film pour enfants signé Sanrio poussait le traumatisme de Bambi vers une vraie tragédie de vengeance.
En bref
- Chirin no Suzu, court métrage japonais de 1978, raconte comment un jeune agneau bascule dans la violence après la mort de sa mère.
- Le film a inspiré Makoto Yukimura pour Vinland Saga, notamment à travers la relation entre Thorfinn et Askeladd.
- Là où Chirin choisit la vengeance, Thorfinn cherche la rédemption, faisant de la lutte contre la haine le cœur de Vinland Saga.
Vous connaissez Thorfinn de Vinland Saga. Vous connaissez sans doute moins Chirin, petit agneau de Chirin no Suzu. Et pourtant, le pont entre les deux est limpide. Ce court métrage japonais de 1978, produit par Sanrio, pousse le traumatisme de Bambi vers quelque chose de franchement plus cruel.
Quand un agneau remplace le faon
Adapté d’un livre illustré de Takashi Yanase, Chirin no Suzu suit Chirin, un agneau joyeux qui gambade dans des champs très sages en apparence. Puis le Loup arrive, et sa mère meurt en le protégeant. Là, on ne joue plus sur l’ellipse à la Bambi. Chirin touche le corps, comprend peu à peu, s’effondre.
Le plus rude vient après. Incapable de se venger, il demande au Loup de le former pour ne plus être faible. Mauvaise idée, évidemment. Le prédateur le façonne à son image, jusqu’au moment où Chirin finit par se retourner contre lui. Résultat ? Un conte pour enfants qui a l’air mignon sur l’affiche, mais qui raconte surtout comment la violence vous dévore.
Le vrai sujet, ce n’est pas la mort mais ce qu’on en fait
C’est là que la comparaison avec Bambi devient intéressante. Chez Disney, la mort de la mère sert de bascule vers l’âge adulte. L’idée est dure, mais claire, accepter la perte fait partie de la vie.
Dans Chirin no Suzu, c’est l’inverse. Le film montre ce qui arrive quand on ne dépasse jamais le deuil. Chirin gagne sa vengeance, puis comprend trop tard que le Loup était sa dernière famille. Les autres moutons le rejettent, et le récit s’achève sur le son de sa cloche porté par le vent. Pas de lumière au bout. Pas de consolation.
Pourquoi les fans de Vinland Saga devraient lever les yeux ?
Ce film a marqué Makoto Yukimura, le créateur de Vinland Saga. En 2009, il expliquait vouloir le montrer à son fils, parce qu’une histoire n’a pas besoin d’être comprise tout de suite et doit parfois laisser quelque chose à mâcher pendant longtemps.
Le parallèle saute aux yeux. Thorfinn, comme Chirin, perd son parent très jeune. Askeladd, comme le Loup, devient ce père de substitution monstrueux qui a participé à briser son enfance. Yukimura l’a formulé lui-même en expliquant qu’Askeladd élevait Thorfinn à la place de son père mort, et qu’il lui apprenait jusqu’à la définition de la violence. Il ajoutait, à propos du personnage : « Plus Askeladd est froid, mieux c’est. Mais en même temps, il est aussi un père ».
Vinland Saga prend le virage que Chirin no Suzu refuse
Là où Chirin no Suzu se ferme sur une malédiction, Vinland Saga ouvre une porte. Après la mort d’Askeladd, Thorfinn ne trouve pas la satisfaction, seulement le vide. La suite devient un récit d’expiation, pas de revanche.
Et c’est ce qui rend l’ensemble bien plus fort. Avec Hild, victime directe de Thorfinn, la série boucle sa réflexion sur la violence. Dans le chapitre 191, elle finit par lui dire : « Tu es allé jusqu’au bout du monde pour me libérer de la malédiction de la vengeance. Tu t’es battu longtemps… tu es un vrai guerrier ». Bref, le petit film traumatisant de Sanrio n’a pas juste choqué des enfants, il a aussi semé l’une des idées les plus puissantes de Vinland Saga.