Le western de Sergio Leone se déroule pendant la guerre de Sécession, mais ses lieux de tournage racontent une autre histoire, entre Espagne, Rome et Mexique.
En bref
- Le film a surtout été tourné en Espagne
- Une scène clé passe par Rome
- Sad Hill existe encore aujourd’hui
On imagine le sable du Far West, le Nouveau-Mexique, la guerre de Sécession. Et pourtant, Sergio Leone a bâti l’essentiel de Le Bon, la Brute et le Truand en Europe.
C’est tout le paradoxe du spaghetti western. Le film suit Blondie, Tuco Ramirez et Angel Eyes, trois types lancés sur la piste d’un or enterré à travers un territoire américain en guerre civile. Mais les plaines et les déserts qu’on retient viennent surtout d’Espagne, avec une parenthèse à Rome et un détour signalé au Mexique. Ce décalage n’abîme rien, il dit même beaucoup de la méthode Leone, qui cherchait moins la copie parfaite que la bonne texture visuelle.
Un Ouest américain fabriqué surtout en Espagne
Le gros du tournage s’est joué en Espagne, de la province de Burgos jusqu’à celles d’Almeria et de Grenade. Le film y a trouvé ses horizons secs, ses reliefs rugueux, cette lumière dure qui colle si bien à son monde moral.
Dans la province d’Almeria, le Parc naturel de Cabo de Gata-Níjar accueille notamment la fameuse séquence du pont dynamité par Blondie et Tuco, tournée deux fois. Une autre scène marquante, l’évasion de Tuco menotté à un officier de l’Union près d’un train, a été filmée vers la gare de Calahorra, dans la province de La Rioja. Et le désert de Tabernas, déjà utilisé par Leone sur les deux précédents volets de la trilogie, revient comme décor central. Franchement, on comprend pourquoi, il ressemble assez au mythe américain pour que la magie tienne.
Rome, le faux village et la vraie histoire du studio
La première combine entre Blondie et Tuco, celle de la prime puis de la corde coupée au dernier moment, n’a pas été tournée en Espagne. Direction Rome, aux studios Cinecittà.
C’est là qu’a été construit le petit village western de cette séquence d’introduction. Le lieu compte encore aujourd’hui parmi les grands centres du cinéma européen. Mais son histoire est plus sombre, puisque Cinecittà a été fondé en 1937 sous Benito Mussolini, qui voyait dans le cinéma un outil politique majeur. Le slogan du régime résumait ça crûment, « Le cinéma est l’arme la plus puissante ».
Le Mexique pour donner de l’épaisseur à Tuco
Il y a aussi un passage tourné au Mexique, à Durango City, sur la Plaza de los Fundadores, autrement dit la place des Fondateurs.
Ce n’est pas une scène d’action pure. C’est la rencontre entre Tuco et son frère Pablo, devenu prêtre. Un moment important, parce qu’il sort Tuco du simple registre comique ou brutal et lui donne une vraie profondeur.
Sad Hill, un décor fictif devenu lieu de pèlerinage
Le duel final se joue à Sad Hill Cemetery, au milieu de l’or convoité. Ce cimetière n’existait pas avant le film.
Carlo Simi l’a conçu avec sa forme circulaire très reconnaissable, puis l’armée espagnole a aidé à ériger ce faux cimetière d’environ 5 000 tombes dans la vallée de Mirandilla, en province de Burgos. Reconstruit en 2015, il est devenu une attraction touristique, puis le sujet du documentaire Sad Hill Unearthed en 2017. Le plus beau, quand même, c’est peut-être ça, un décor inventé pour le cinéma qui finit par entrer dans le réel.