En 1990, Madonna a touché le salaire minimum syndical pour jouer dans Dick Tracy. Un choix très calculé, entre ambition cinéma et grosse machine Disney.
En bref
- Le faible salaire de Madonna est un choix calculé pour décrocher un rôle clé.
- Dick Tracy ne tient pas toutes ses promesses commerciales pour Disney.
- Madonna ressort pourtant gagnante grâce au film et surtout à son album associé.
En 1990, Madonna a accepté de jouer dans Dick Tracy pour le minimum syndical, soit 1440 dollars par semaine. Vu aujourd’hui, le chiffre paraît presque absurde. Vu le contexte, il raconte surtout une opération très calculée.
Un salaire minuscule dans un film vendu comme un événement
À l’écran, Madonna incarne Breathless Mahoney, chanteuse de club sulfureuse attirée par Dick Tracy, le héros joué par Warren Beatty, alors que lui ne regarde que Tess Trueheart, interprétée par Glenne Headly. Et pendant qu’elle travaillait pour presque rien, Warren Beatty a, lui, touché 9 millions de dollars d’avance, avec en plus 10% des profits.
L’écart pique un peu, forcément. Mais il ne faut pas le lire comme une simple sous-évaluation. Newsweek révélait déjà à l’époque qu’elle avait elle-même cassé son prix pour décrocher le rôle.
Madonna savait exactement ce qu’elle faisait
À ce moment-là, Madonna et Warren Beatty formaient un couple. Elle connaissait donc très bien les coulisses du film. Et si Dick Tracy devait avoir une chanteuse fatale au centre de son dispositif, elle voulait être cette femme-là, point.
Dans Newsweek, elle racontait avoir appelé Warren Beatty pour lui dire qu’elle voulait vraiment le rôle. Elle admettait aussi, sans jouer la fausse modestie, que son CV cinéma n’avait pas le prestige de sa carrière pop. Elle se voyait sur la liste Z quand d’autres étaient sur la liste A. Elle ajoutait que Disney ne lui avait pas demandé d’aider à vendre le film, mais qu’elle y voyait quand même une occasion parfaite, allant jusqu’à parler de « tuer 12 oiseaux avec une seule pierre ». Oui, l’image est brutale, mais le message est limpide.
Avant ça, ses films n’avaient pas vraiment marqué, à l’exception de Desperately Seeking Susan de Susan Seidelman. Bon, sur le plan business, elle savait aussi une chose, son public était immense, et une partie de ce public ne savait même pas qui était Beatty.
Disney rêvait d’un nouveau Batman, la réalité a été plus tiède
Le projet sentait très fort la réponse de Disney à Batman de Tim Burton. Même stylisation outrancière, même ADN comics des années 1930, même musique de Danny Elfman. Et comme Batman avait Prince, Dick Tracy avait Madonna et des chansons signées Stephen Sondheim.
Le studio avait donné son feu vert à condition de viser un budget de 25 millions de dollars. Le film a finalement grimpé à 47 millions de dollars. Il devait aussi être compensé par la présence de Beatty dans The Doctor, avant que l’acteur quitte le projet et soit remplacé par William Hurt.
Résultat, Dick Tracy a rapporté 162,7 millions de dollars. Pas un flop. Mais pas le raz-de-marée culturel espéré, ni le jackpot merchandising de Batman. Jeffrey Katzenberg, alors patron de Disney, a même rédigé un long mémo expliquant que le film était une erreur.
Le vrai carton n’était peut-être pas le film
Et c’est là que l’histoire devient assez savoureuse. Si le film n’a pas écrasé la concurrence, l’album lié au projet, I’m Breathless, sorti chez Warner Bros., a cartonné. Double platine, donc des millions d’exemplaires vendus.
Bref, Madonna a été très peu payée pour jouer dans Dick Tracy, mais elle n’a pas du tout joué perdant. Elle a obtenu un rôle qu’elle convoitait, a renforcé sa présence au cinéma et a aidé à faire exister le film. Par moments, clairement, la pop star a presque dépassé la machine Disney.