En 1963, Paul Newman a sèchement rejeté une comparaison avec Marlon Brando. Derrière l’agacement, on découvre sa vision très précise du jeu.
En bref
- Paul Newman ne voulait surtout pas être « le nouveau Brando ».
- Il voyait pourtant Marlon Brando comme le meilleur acteur américain.
- Ironiquement, Paul Newman a lui aussi imposé une présence unique à l’écran.
En 1963, il a suffi d’une comparaison de trop pour faire bondir Paul Newman. Et pas avec n’importe qui. Quand la journaliste italienne Oriana Fallaci lui a concédé qu’il lui rappelait un peu Marlon Brando, l’acteur l’a très mal pris. Résultat, une sortie cash qui résume parfaitement son rapport au star-system et à son propre jeu.
Une comparaison qui le faisait sortir de ses gonds
Face à Oriana Fallaci, Paul Newman explique qu’il coupe court quand des journalistes lui disent que son jeu ressemble à celui de Marlon Brando, ou même qu’il lui ressemble physiquement. Pour lui, ce réflexe critique relevait presque de la paresse. Il répond alors, en substance, que rien n’est plus idiot que de coller une étiquette du genre « voilà un autre Brando, un autre Clark Gable », parce que cela évite d’assumer une opinion honnête.
Ce refus colle assez bien au personnage. Paul Newman n’aimait visiblement ni les compliments automatiques, ni les raccourcis un peu fainéants que Hollywood adore recycler.
Ce que Paul Newman admirait chez Marlon Brando
Le plus intéressant, c’est que Paul Newman ne dénigrait pas du tout Marlon Brando. Bien au contraire. Il décrivait chez lui une capacité à brûler comme un volcan prêt à exploser, une présence qu’il jugeait exclusivement brandoesque. Et il allait loin, en le qualifiant carrément de meilleur acteur que les États-Unis aient.
Cette lecture renvoie à ce qu’on voit à l’écran, d’Un tramway nommé Désir à Le Parrain. Chez Marlon Brando, même quand le personnage paraît calme, il reste toujours une menace sourde. Une énergie. Quelque chose de dangereux.
Paul Newman se voyait comme un acteur sans persona
Là où Paul Newman traçait la frontière, c’était sur la notion de persona. Il disait, en gros, que s’il jouait un cowboy, il devenait un cowboy, s’il jouait un chirurgien, il devenait un chirurgien, et pareil pour un gigolo. Chez Marlon Brando, selon lui, le public regardait toujours Marlon Brando jouer ces figures-là.
Bon, c’est une vraie vision d’acteur. Et elle raconte aussi une forme d’insatisfaction. Paul Newman pensait ne pas posséder cette signature immédiate, cette identité d’écran qui déborde le rôle.
Le paradoxe d’une carrière plus proche de Marlon Brando qu’il ne le croyait
C’est là que le paradoxe devient passionnant. Parce que sa filmographie raconte presque l’inverse. Plus jeune, Paul Newman donnait souvent à ses personnages un vernis cool un peu fendu, comme Fast Eddie Felson dans L’Arnaqueur, ou une beauté charismatique derrière laquelle perce quelque chose de beaucoup plus sombre dans Le Plus Sauvage d’entre tous.
Puis, avec l’âge, ses personnages gagnent surtout en lucidité. On le voit quand il reprend Fast Eddie dans La Couleur de l’argent, rôle qui lui vaudra d’ailleurs son seul Oscar. Bref, Paul Newman ne croyait pas avoir forgé une présence à la Marlon Brando. Mais vu sur l’ensemble de sa carrière, il était peut-être plus unique qu’il ne voulait l’admettre.