Le Conan animé de 1992 a trouvé son public, mais au prix d’un virage radical. Une adaptation pensée pour les enfants, loin des films et du personnage d’origine.
En bref
- Conan a eu un cartoon jeunesse en 1992
- Succès réel, mais héros profondément édulcoré
- Une nouvelle série adulte est en préparation
Transformer Conan le Barbare en héros pour enfants, sur le papier, c’était presque une blague. Et pourtant, c’est bien ce qui s’est passé au début des années 90, avec Conan the Adventurer, une série animée qui a gardé le nom, l’univers fantasy et la grosse épée, mais qui a laissé de côté l’essentiel, la violence, la noirceur et le souffle adulte des films avec Arnold Schwarzenegger.
Un barbare rendu fréquentable pour le petit écran
Lancée à l’automne 1992, la série n’avait presque plus grand-chose à voir ni avec la version cinéma signée par John Milius, ni avec le personnage imaginé par Robert E. Howard. Ici, Conan part en quête pour sauver sa famille, changée en pierre par le sorcier Wrath-Amon. Il affronte des Hommes-Serpents venus d’une autre dimension, parcourt Hyboria, manie une épée forgée avec des fragments de météorite, et voyage avec des alliés beaucoup plus sages que l’image classique du guerrier cimmérien. Il a même une mascotte, Needle, un jeune phénix. Tout un programme.
Le résultat a un côté aventure pulp assez sympa, clairement pensé comme porte d’entrée vers l’heroic fantasy. Mais vous voyez le décalage. On est loin du héros brutal et ambigu des films.
Le dessin animé a pourtant vraiment marché
C’est là que le sujet devient intéressant. Malgré cet énorme virage, Conan the Adventurer a trouvé son public. La série a duré deux saisons, entre 1992 et 1993. Partie sur une commande de 13 épisodes, elle a ensuite été prolongée jusqu’à 52 épisodes diffusés en syndication quotidienne.
Autour, la machine commerciale suivait. Hasbro avait lancé une gamme de jouets, avec de grandes figurines ultra musclées et bardées d’armes. Et le générique a laissé un souvenir solide à pas mal de spectateurs. Bref, ce n’était pas un échec honteux caché dans un coin de grille TV. C’était un vrai produit de son époque.
Une mode absurde, mais très révélatrice des années 90
Pris seul, ce Conan pour enfants paraît improbable. Remis dans son contexte, beaucoup moins. Les cartoons du samedi matin cherchaient alors des franchises déjà connues, capables de vendre des jouets et de ramener de l’audience. Du coup, même des licences pensées pour adultes passaient à la lessiveuse familiale.
RoboCop troquait ses fusillades pour des lasers inoffensifs. Police Academy oubliait son humour grivois. Toxic Crusaders retirait presque tout ce qui faisait le mauvais goût gore de ses origines. Conan s’inscrivait en plein dans cette tendance, à sa façon.
Ce que cette version effaçait, et ce qui arrive ensuite
Le manque le plus frappant restait quand même la disparition de la violence. Au lieu de tailler ses ennemis en pièces, Conan utilisait son épée magique pour renvoyer les Hommes-Serpents dans leur dimension. Pas de sang, pas de décapitation, presque aucune brutalité réelle. Or c’est un détail qui change tout dans la perception du personnage.
La série a même eu une suite, Conan and the Young Warriors, qui a moins bien marché. Et ce contraste raconte quelque chose d’assez net, une marque peut survivre à une adaptation très adoucie, mais elle finit aussi par perdre ce qui la rend unique.
Aujourd’hui, le retour le plus prometteur se joue ailleurs. Une série animée adulte est en préparation chez Cartoon Network avec Genndy Tartakovsky, le créateur derrière Samurai Jack et Primal. Là, oui, on tient peut-être enfin une version capable de réconcilier Conan avec ce qu’il a toujours été.