Bien avant Coraline, Les Noces funèbres prouvait qu’un film d’animation gothique pouvait parler de mort, de deuil et de lâcher-prise.
En bref
- Le film inverse vivants tristes et morts flamboyants
- Emily reste l’âme du récit
- Avant Coraline, le gothique familial existait déjà
Ce qui frappe avec Les Noces funèbres, c’est ce paradoxe tout simple, les morts y semblent bien plus vivants que les vivants. Et c’est précisément ce qui fait de ce film de Tim Burton, sorti il y a 21 ans, un drôle d’objet dans l’animation familiale. Là où beaucoup de récits pour enfants misaient sur la féerie propre et les fins bien rangées, lui choisissait la mélancolie, l’humour noir et une héroïne décédée.
Le monde des morts vole la vedette
L’histoire suit Victor Van Dort, jeune homme timide promis à Victoria Everglot dans un mariage arrangé qui arrange surtout leurs familles. Il l’apprécie vraiment, mais panique au moment de répéter ses vœux. En s’entraînant seul dans une forêt, il glisse une bague sur ce qu’il prend pour une branche. Mauvaise pioche, c’est le doigt d’Emily, une morte enterrée là, qui comprend aussitôt qu’elle vient d’être épousée.
À partir de là, Victor est entraîné au pays des morts, et le film trouve sa meilleure idée. Emily pourrait n’être qu’une menace surnaturelle. Ce n’est pas le cas. Elle est drôle, attachante, lumineuse même, et sa situation devient d’autant plus triste qu’elle a attendu un mariage qui n’est jamais venu. Résultat, c’est elle qu’on retient d’abord, avant même Victor.
Le duo fonctionne aussi grâce aux voix de Helena Bonham Carter et Johnny Depp, alors très familiers de l’univers de Burton. On croit à ce couple improbable, et on aurait presque envie de passer plus de temps avec eux.
Un conte gothique qui parle de la mort sans plomber
Le plus intéressant, quand même, n’est pas juste le look gothique ou la stop-motion. C’est la façon dont le film utilise la mort pour raconter quelque chose de plus mature. Emily est un cadavre, oui. Pourtant, elle n’est pas ce qu’il y a de plus effrayant ici.
Ce qui fait peur, en gros, c’est plutôt le monde des vivants, obsédé par l’argent, les convenances, la réputation et les apparences. En face, le monde des morts déborde de musique, de blagues et d’énergie. Le contraste est appuyé, gris d’un côté, exubérant de l’autre, mais il marche très bien.
Et la fin donne son vrai poids au film. Sous la comédie macabre, Les Noces funèbres parle de lâcher-prise. Emily doit accepter qu’elle n’aura pas la vie qu’elle imaginait. Victor, lui, comprend qu’on ne répare pas tout par pitié.
Avant Coraline, un pari déjà gagné
Quatre ans avant Coraline, le film montrait déjà qu’un récit d’animation pouvait faire confiance aux plus jeunes face à des images troublantes et à un sujet tabou. Il ne visait pas à adoucir tout ce qui fait peur. Il assumait son identité gothique, son humour morbide, son héros dépassé et sa mariée morte.
Le public a suivi. Le film a rapporté environ 108 millions d’euros (117 millions de dollars) dans le monde, dont environ 18 millions d’euros (19 millions de dollars) sur son premier week-end en large sortie aux États-Unis. Il a aussi décroché une nomination à l’Oscar du meilleur film d’animation, puis des récompenses aux Saturn Awards, aux British Animation Awards et au Festival de Venise.
Bref, Coraline n’a pas inventé ce public. Les Noces funèbres l’avait déjà trouvé, avec une idée simple et encore très actuelle, tout ce qui est accessible n’a pas besoin d’être lisse. Le film est disponible en location sur Prime Video.