Avec « TANK! », Cowboy Bebop a cassé les codes de l’opening anime. Musique, montage, influences cinéma, tout annonçait déjà autre chose.
En bref
- Cowboy Bebop a cassé les codes de l’opening anime
- TANK! remplace la pop par un jazz instrumental furieux
- Son influence court encore dans l’anime actuel
Les génériques d’anime suivent souvent une recette très précise. Une chanson immédiatement mémorisable, des images qui martèlent l’identité de la série, et derrière tout ça une vraie logique de marché. Ce n’est pas un détail. Un thème comme « A Cruel Angel’s Thesis » pour Neon Genesis Evangelion a dominé le karaoké au Japon sur l’ère Heisei, et « Gurenge » de Demon Slayer a dépassé le million de téléchargements avant de se retrouver à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Tokyo.
L’opening anime, une machine culturelle très codée
Dès Astro Boy en 1963, puis avec Space Battleship Yamato en 1974, l’idée s’installe, le générique doit vendre une série autant qu’il doit la résumer. Le nom du programme entre même dans les paroles. Et avec le temps, l’anisong s’est rapproché de la pop classique. Kenshi Yonezu, par exemple, n’a pas besoin de Chainsaw Man pour exister, mais « KICKBACK » colle quand même parfaitement à l’énergie chaotique de l’anime.
Pourquoi « TANK! » sonne encore à part
Puis arrive Cowboy Bebop. Et là, cassure. « TANK! », composé par Yoko Kanno avec les Seatbelts, contient à peine des paroles. Juste cette entrée de Tim Jensen, traduite littéralement, « Je pense qu’il est temps de faire exploser cette scène. Rassemblez tout le monde et le matériel. OK, trois, deux, un, que ça jamme ». Ensuite, cuivres, contrebasse, batterie, et une déflagration jazz qui reste unique dans le paysage anime.
Visuellement, c’est le même écart. Shinichiro Watanabe a raconté en 2013 à Otakon que la série avait été validée pour promouvoir des jouets de vaisseaux spatiaux. On pourrait donc s’attendre à un habillage très produit dérivé, très frontal. À la place, on a des silhouettes, des cigarettes, des écrans découpés, des aplats de couleur. C’est élégant, nerveux, presque désespéré par instants. Et la version live de Netflix en 2021, malgré ses efforts, n’a jamais vraiment retrouvé cette texture.
Bebop n’a pas tout inventé, et c’est justement sa force
Trois ans avant, Gunsmith Cats utilisait déjà big band, split screens multicolores et influence pop art. La différence, c’est l’épaisseur. Là où Kenichi Sonoda cherche surtout le plaisir immédiat, Keiko Nobumoto et Yoko Kanno injectent dans Bebop une vraie humanité.
Et puis il y a Lupin the 3rd, obsession assumée de Watanabe. Ses silhouettes bicolores, son ADN jazz, ses archétypes, le voleur, l’acolyte, la femme fatale, réapparaissent chez Spike, Jet et Faye. Clairement, Bebop pioche. Mais il pioche bien.
Quand l’anime regarde Hollywood pour se réinventer
Le plus intéressant est peut-être là. Les codes repris par Lupin, puis par Bebop, viennent aussi de l’Ouest. Wayne Fitzgerald sur It Takes a Thief, Maurice Binder sur Dr. No, Pablo Ferro sur The Thomas Crown Affair, sans oublier Barnaby Jones, Longstreet ou Ironside, ont installé silhouettes, écrans multiples et graphisme sophistiqué bien avant.
Résultat, l’originalité de Cowboy Bebop ne vient pas d’un geste isolé, mais d’un collage brillant entre anime, polar télé et génériques de cinéma. Et son héritage continue. Lupin III: The Woman Named Fujiko Mine comme The Great Pretender prolongent cette idée, avec Sayo Yamamoto et Kotomi Deai, deux proches de Watanabe. Ce n’est pas juste un grand opening. C’est un rappel, l’anime avance souvent le plus loin quand il regarde au-delà de lui-même.