Steven Soderbergh, réalisateur oscarisé, révèle pourquoi il évite soigneusement les critiques

Image d'illustration. Erin BrockovichUniversal Pictures / PR-ADN
Le réalisateur Steven Soderbergh, couronné aux Oscars, choisit délibérément de ne pas lire les critiques portant sur ses films. Une décision réfléchie qu’il explique par des raisons précises liées à sa démarche artistique et à son équilibre personnel.
Tl;dr
- Soderbergh privilégie le processus à la perfection finale.
- La critique ne change pas son approche ou ses films.
- Pour lui, le cinéma est moins central qu’avant.
L’art de filmer vite selon Steven Soderbergh
Depuis plus de vingt ans, Steven Soderbergh impressionne par un rythme de travail effréné. Réalisateur capable d’enchaîner deux longs-métrages la même année — pensons à « Traffic » et « Erin Brockovich » en 2000, ou récemment « Presence » et « Black Bag » — il semble mû par une urgence créative rare dans le milieu du cinéma contemporain. Sa méthode repose sur un credo simple : tourner et monter rapidement, sans s’appesantir sur chaque décision. Pour Soderbergh, ce n’est pas tant le résultat qui compte, mais bien le chemin pour l’atteindre.
L’indifférence assumée face à la critique
Interrogé en 2009 par le site Suicide Girls, le cinéaste confiait privilégier l’instinct au moment du tournage : il préfère « faire », plutôt qu’analyser à l’excès. Lorsqu’un film sort, il considère déjà celui-ci comme terminé et passé à autre chose. La critique, aussi virulente soit-elle, n’a dès lors que peu d’impact : « Pixels don’t get re-arranged because a critic said something. » D’ailleurs, il confesse relire rarement les analyses de ses propres œuvres. Pour lui, si une maladresse s’est glissée dans un film, c’est à lui seul de la juger — mais uniquement lorsqu’il prendra enfin le temps de revoir sa filmographie complète… un jour peut-être.
Cinéma : influence grandissante, importance déclinante ?
Ce regard pragmatique va de pair avec une certaine désillusion quant au rôle du cinéma. Dès 2009 déjà, alors que la presse papier licencie massivement ses critiques spécialisés, Soderbergh constatait que tout un chacun pouvait désormais publier ses opinions grâce aux nouvelles technologies. L’époque des voix iconoclastes comme celle de Pauline Kael, selon lui, appartient au passé.
Lorsqu’on évoque l’importance actuelle des films dans la société américaine, il nuance fortement : « [Movies] are more influential than they’ve ever been and less important than they’ve ever been. » Si le cinéma façonne encore les comportements ou les modes vestimentaires, il serait devenu un simple produit culturel parmi d’autres — incapable d’insuffler une dynamique artistique profonde ou d’accompagner une transformation sociétale majeure.
Derrière l’abondance : une évolution irréversible ?
Finalement, voici ce qui frappe chez Soderbergh : sa capacité à avancer sans se retourner. Lorsqu’une œuvre sort en salles ou sur les plateformes, il est déjà absorbé par un nouveau projet — résolument tourné vers l’avenir. Cette philosophie, rare dans une industrie qui aime souvent cultiver la nostalgie ou réévaluer sans fin ses propres mythes, témoigne d’un rapport presque libérateur à la création artistique. Reste à savoir si cette vision s’est radicalisée ou adoucie depuis ces seize dernières années ; en attendant, elle interroge le statut même du septième art aujourd’hui.
