Taylor Sheridan et le pouvoir réel derrière Yellowstone

Yellowstone
Image d'illustration. Yellowstone — Paramount / PR-ADN

Le créateur de Yellowstone admet avoir sous-estimé un point clé de sa série. Son propre parcours de patron de ranch ressemble désormais troublant à John Dutton.

  • Taylor Sheridan dit avoir créé Yellowstone en s’inspirant d’un pouvoir réel des grands propriétaires terriens, mais il constate aujourd’hui qu’il exerce lui-même une influence comparable via ses ranchs et activités.
  • Il possède et exploite de vastes propriétés et un véritable écosystème économique et médiatique, entre tournages, entreprises agricoles et développement de marques liées à ses séries.
  • Ses œuvres brouillent la frontière entre fiction et réalité, car elles s’appuient sur un monde qu’il contrôle aussi dans la vraie vie, ce qui renforce leur impression d’authenticité.

Il a écrit un roi du ranch, puis il s’est retrouvé à gérer un monde qui y ressemble franchement beaucoup. C’est le point le plus fascinant dans la confession de Taylor Sheridan, créateur de Yellowstone, qui a reconnu avoir été surpris par l’ampleur de l’influence politique et économique liée à ses propres terres.

Quand l’auteur finit par vivre son propre scénario

Dans un entretien accordé à The Hollywood Reporter en 2023, Taylor Sheridan expliquait que l’idée de départ de Yellowstone tenait à une chose simple et brutale, un propriétaire d’un territoire aussi vaste devient presque un roi, et la morale ne s’applique plus vraiment de la même façon. Puis il a lâché la phrase qui change tout. Selon lui, il a été surpris par le niveau d’influence politique exercé avec le ranch, alors même qu’il l’avait écrit dans la série.

Sa citation est limpide, et il faut la lire pour ce qu’elle dit de son rapport au pouvoir. Taylor Sheridan affirme : « J’ai été surpris par l’ampleur de l’influence politique que nous avons avec le ranch. Je ne sais pas pourquoi j’ai été surpris, je l’ai écrit dans Yellowstone. Mais ce que nous faisons ou ne faisons pas peut influencer un marché. Donc même si j’ai écrit que John Dutton avait ce genre d’influence, je n’ai jamais vraiment imaginé l’avoir moi-même. »

Un empire bâti autour de Yellowstone et de ses ranchs

Ce n’est pas une posture. Taylor Sheridan possède et exploite The Four Sixes Ranch ainsi que Bosque Ranch. Il a aussi facturé à Paramount les tournages de Yellowstone sur ces propriétés. Résultat, l’auteur n’est plus seulement un showrunner prolifique, il supervise un vrai écosystème.

Et quel écosystème. Yellowstone, diffusée de 2018 à 2024, a relancé le western pour une nouvelle génération. Ensuite, Taylor Sheridan a enchaîné avec d’autres succès comme Landman et Tulsa King. En parallèle, il a été accueilli par les élites texanes, avec une entrée au Texas Business Hall of Fame en 2024, trois ans après son intronisation au Texas Cowboy Hall of Fame. Clairement, le parallèle avec John Dutton n’a plus grand-chose d’abstrait.

Pourquoi cette confession dit quelque chose de son écriture ?

Le plus intéressant, c’est que cet aveu réhabilite aussi le regard porté sur les séries de Taylor Sheridan. Oui, ses shows adorent le soap, les grandes confrontations et les figures larger than life. Mais sous cette couche-là, il y a du réel. Beaucoup plus qu’on ne le dit souvent.

Le Four Sixes avait d’ailleurs inspiré le ranch des Dutton à l’origine. Aujourd’hui, Taylor Sheridan développe la marque, rachète des steakhouses utilisant le bœuf Four Sixes et pousse ses produits dans ses propres séries. Il gère aussi 270.000 acres et les gens qui y travaillent. Pas mal de responsabilités, forcément.

Ce sens du vrai se voit aussi à l’écran. La relation entre Kayce Dutton, joué par Luke Grimes, et Monica Long Dutton, incarnée par Kelsey Asbille, sonnait juste dès le départ. Même constat pour une scène adorée par Billy Bob Thornton avec Jacob Lofland dans Landman. En gros, si Yellowstone a si bien capté la logique du pouvoir rural, ce n’est peut-être pas un accident. C’est sans doute la vraie force de Taylor Sheridan, écrire du mélodrame sans perdre le contact avec le terrain.