Dans You Can See Everything, Elizabeth Holmes regarde enfin The Dropout. Sa réaction très tendue relance le procès public autour de Theranos.
En bref
- Elizabeth Holmes rejette The Dropout et conteste la représentation de sa chute avec Theranos.
- Le documentaire de Nathan Fielder la confronte aux scènes de la série, provoquant des réactions émotionnelles.
- Amanda Seyfried participe à des reconstitutions qui soulèvent des questions sur la frontière entre témoignage et mise en scène.
Ce qui frappe, ici, ce n’est pas juste qu’Elizabeth Holmes n’aime pas The Dropout. C’est qu’elle continue de contester le récit public autour de Theranos, alors même que le documentaire de Nathan Fielder et Lance Oppenheim la place face à une reconstitution de sa propre chute. Vous voyez le vertige. Le film la suit avant le début de sa peine de 11 ans de prison pour avoir fraudé des investisseurs de Theranos, et il ne la ménage pas.
Une scène qui fait très mal
Après avoir passé du temps chez Elizabeth Holmes et sa famille, Nathan Fielder lui demande si elle a déjà vu The Dropout. Non. Il sort alors un ordinateur portable et lui montre la performance d’Amanda Seyfried.
Au début, une scène la fait même rire. On y voit la version jouée par Amanda Seyfried danser devant une affiche de Steve Jobs. Elizabeth Holmes dit que ça, non, ce n’est jamais arrivé. Son admiration pour Steve Jobs, elle, est bien connue, et CNBC rapportait qu’une ex-employée de Theranos évoquait une photo encadrée du fondateur d’Apple dans son bureau.
Mais l’ambiance tourne. Devant une scène avec Ramesh « Sunny » Balwani, incarné par Naveen Andrews, Elizabeth Holmes se crispe. Dans cette séquence, elle se prépare à une présentation d’entreprise, Ramesh Balwani lui dit qu’elle doit être jolie, mais pas trop jolie, puis la version fictionnelle d’Elizabeth Holmes hurle à Larry Ellison, cofondateur d’Oracle : « Donnez-moi ce putain d’argent ». Là, elle s’effondre. Elle dit qu’elle ne peut pas continuer.
Ce que The Dropout montre, et ce qu’Elizabeth Holmes refuse
La mini-série de Hulu suit Elizabeth Holmes depuis sa préadolescence jusqu’au moment où les méthodes trompeuses de Theranos éclatent au grand jour en 2015, après les révélations de John Carreyrou dans The Wall Street Journal. La série a été très bien reçue à sa sortie en 2022, avec plusieurs Emmys à la clé, dont celui de meilleure actrice pour Amanda Seyfried.
Bon, une fiction prend des libertés. C’est normal. Sauf qu’ici, Elizabeth Holmes et Billy Evans rejettent l’idée même que cette version raconte quelque chose de vrai sur elle. Et c’est là que ça coince quand même, parce que la chute de Theranos a été documentée dans les moindres détails, y compris pendant le procès.
Le documentaire pousse le jeu encore plus loin
Le plus déroutant arrive après. Nathan Fielder montre ses images à Amanda Seyfried, qui devient presque sa partenaire d’enquête. Elle discute les révélations avec lui et rejoue même Elizabeth Holmes dans plusieurs reconstitutions.
L’une d’elles remet en scène une visite en prison. Nathan Fielder n’ayant pas le droit d’enregistrer, il reconstruit toute la rencontre sur un faux parloir, avec Amanda Seyfried dans le rôle d’Elizabeth Holmes, à partir de ses souvenirs. Dans cette version, Elizabeth Holmes affirme avoir été mal traitée par une employée pénitentiaire qui avait vu The Dropout. Puis elle fond en larmes et accuse la série, ainsi qu’Amanda Seyfried, d’avoir nourri la haine publique contre elle et Theranos.
Le problème, clairement, c’est qu’on ne peut pas vérifier cette séquence. Elle passe par la mémoire de Nathan Fielder, puis par l’interprétation d’Amanda Seyfried. Reste un fait, très net, lui, Elizabeth Holmes n’adhère absolument pas à The Dropout. Sauf que son argument, celui d’un portrait presque sans rapport avec la réalité, paraît franchement difficile à avaler.