Un thriller de Brian De Palma des années 70 aurait influencé un des plus grands méchants de l’anime

Image d'illustration. Phantom of the ParadiseHaybor Productions / PR-ADN
Un thriller réalisé par Brian De Palma dans les années 1970 pourrait bien avoir servi de source d’inspiration à l’un des antagonistes les plus marquants et emblématiques de l’histoire de l’animation japonaise.
Tl;dr
- Ressemblance frappante entre Femto et le Phantom.
- Berserk s’inspire de films américains, dont Phantom.
- Les deux œuvres explorent les rêves brisés et le pacte faustien.
Entre inspiration et hommage : la filiation visuelle de Femto
La ressemblance entre Femto, l’incarnation maléfique de Griffith dans le manga culte Berserk, et le mystérieux Phantom du film « Phantom of the Paradise » de Brian De Palma, intrigue depuis des années. Difficile, en effet, d’ignorer la parenté visuelle saisissante : armure noire, cape drapée telle des ailes, casque au bec acéré… Les connaisseurs n’y voient pas une simple coïncidence. Si l’auteur disparu de Berserk, Kentaro Miura, n’a jamais confirmé explicitement cette inspiration, il a reconnu, lors d’un entretien avec l’éditeur français Glénat, que les influences occidentales nourrissaient son imaginaire – du moins, il n’a pas démenti.
L’Amérique dans le crayon de Miura
Miura, passionné par la pop culture américaine (de « Star Wars » à « Evil Dead », même si ce dernier rapprochement serait fortuit), ne cache pas son admiration pour certains classiques. On perçoit chez lui un goût pour les destins tragiques : la chute de Griffith vers Femto évoque celle d’Anakin Skywalker devenant Vador. Mais c’est surtout la transformation physique et symbolique du Phantom – interprété par Winslow Leach, musicien trahi devenu monstre masqué – qui semble résonner dans le design de Femto : musculature exposée sous une armure organique, allure inhumaine mi-oiseau mi-spectre, cape véritablement ailée.
Pactes et illusions perdues : quand le rêve vire au cauchemar
Mais la parenté va au-delà du costume. Les deux récits racontent des hommes broyés par leurs ambitions et leurs rêves déçus. Dans « Phantom of the Paradise », Winslow endure humiliations et mutilations après avoir été trahi par le producteur Swan ; il adopte l’apparence du Phantom pour cacher ses brûlures, mais aussi sa colère. Dans « Berserk », Griffith est broyé par sa propre soif de gloire – emprisonné puis brisé physiquement après une faute irréparable. Ce moment charnière ouvre la voie à sa métamorphose en Femto sous l’influence du God Hand.
La thématique du pacte faustien s’impose alors comme un point commun majeur :
- Sacrifice personnel ou des proches : Winslow vend son âme pour réussir ; Griffith sacrifie ses compagnons pour accéder au pouvoir suprême.
- Dérive morale : tous deux franchissent la frontière entre l’idéal et la corruption.
- Irréversibilité : la transformation finale ne laisse place qu’à la perte ou au mal absolu.
L’art du détail, marqueur d’intention ?
Le regard – ultime nuance – révèle peut-être toute l’ambiguïté : là où le casque du Phantom affiche des yeux ronds presque candides, celui de Femto affiche un regard dur, prédateur… comme une déclaration d’intention graphique sur la nature même du personnage. Deux figures aux parcours parallèles dont les destins funestes continuent de fasciner amateurs de manga et cinéphiles avertis.
