Un tournage de Burt Reynolds a dégénéré en bagarre mémorable entre membres de l’équipe

Image d'illustration. DeliveranceWarner Bros. / PR-ADN
Sur le tournage de l’un de ses films les plus appréciés, Burt Reynolds a été témoin d’une violente altercation entre membres de l’équipe. Ce conflit a marqué la production et reste un épisode marquant dans la carrière de l’acteur.
Tl;dr
- « Deliverance » : succès critique et controverses sur le tournage.
- Conflit violent entre Boorman et l’auteur James Dickey.
- Origine du sous-genre « backwoods horror » au cinéma.
Un tournage sous haute tension en Géorgie
Lorsque l’équipe de John Boorman a débarqué dans le comté de Rabun, en Géorgie, pour tourner « Deliverance », les relations entre le réalisateur britannique et l’écrivain James Dickey, déjà explosive, ont rapidement dégénéré. L’auteur du roman, imposant par sa stature autant que par sa réputation d’exigence, n’hésitait pas à s’imposer sur le plateau, au point d’intimider même la star musclée du film, Burt Reynolds. Son habitude de s’adresser aux comédiens par le prénom de leurs personnages, ou encore d’entraîner Ronny Cox dans des improvisations douteuses devant ses amis de beuverie, a tendu l’atmosphère.
La situation a fini par s’envenimer sérieusement. Les frictions sont montées d’un cran jusqu’à un affrontement physique brutal : Boorman est ressorti avec un nez cassé et plusieurs dents en moins. Plutôt que d’engager des poursuites, il a préféré rassembler ses acteurs principaux pour demander poliment à Dickey de quitter les lieux. Malgré cette éviction douloureuse, une forme de réconciliation a vu le jour. Dickey fit finalement un retour discret pour incarner le shérif lors d’une scène clé du film, glissant au passage un monologue personnel – dont Boorman ne garda que les fragments nécessaires au montage.
Une œuvre culte née d’un climat électrique
Le parcours chaotique du tournage n’a pourtant pas entaché la réussite phénoménale de « Deliverance ». Cette adaptation du premier roman de Dickey – qui fut auréolé dès 1970 du statut de bestseller au « New York Times » – est restée unique : aucune autre œuvre de ce poète lauréat n’a été portée à l’écran depuis. Le film propulsa Burt Reynolds au rang de vedette internationale et asseya définitivement la réputation hollywoodienne de Jon Voight. Le succès ne s’est pas arrêté là : la bande-son marquée par « Duelling Banjos » grimpa jusqu’à la deuxième place des charts américains.
Mais derrière ce triomphe se cachait une sélection artistique mouvementée : si Warner Bros. avait octroyé plus de 100 000 dollars à Dickey pour les droits et le scénario, c’est finalement Boorman qui fut choisi à la réalisation, contre l’avis initial de l’auteur qui rêvait de confier le projet à Sam Peckinpah. Ce choix marqua durablement les rapports entre les deux hommes sur fond d’égo et d’ambitions croisées.
L’influence durable d’un chef-d’œuvre troublant
Inspirée par les souvenirs italiens de Dickey, l’intrigue suit quatre citadins partis explorer la nature sauvage avant qu’elle ne soit engloutie sous un barrage. Leur périple prend rapidement un tour cauchemardesque : agression sexuelle, lutte pour la survie et dilemmes moraux cinglants rythment ce voyage sans retour vers la violence primitive.
On considère aujourd’hui ce film comme le précurseur essentiel du sous-genre « backwoods horror », où des citadins mal préparés affrontent une ruralité hostile et inquiétante. Parmi ses héritiers évidents : « The Texas Chain Saw Massacre » ou « Tucker & Dale vs. Evil ». Si la beauté des paysages géorgiens sublime chaque plan, c’est bien la tension viscérale et le sentiment permanent de menace qui font toute la singularité de « Deliverance ».
Pour finir, on retiendra trois aspects majeurs qui expliquent son impact :
- L’émergence fulgurante de Burt Reynolds comme icône hollywoodienne.
- L’inauguration d’une nouvelle forme d’angoisse rurale au cinéma.
- L’histoire hors norme d’un duel créatif entre réalisateur et auteur.
