Les pertes financières de « Megalopolis » : combien Francis Ford Coppola a-t-il réellement perdu ?

Image d'illustration. MegalopolisAmerican Zoetrope / PR-ADN
Le film Megalopolis, réalisé par Francis Ford Coppola, fait l’objet de nombreuses interrogations quant à son budget et à ses performances financières. Les pertes potentielles du projet suscitent un vif intérêt dans le monde du cinéma.
Tl;dr
- « Megalopolis » a causé d’énormes pertes financières.
- Coppola vend des biens pour combler le déficit.
- Le film reste difficile à rentabiliser aujourd’hui.
L’ambition démesurée de « Megalopolis » : un rêve devenu cauchemar financier
L’histoire récente de Francis Ford Coppola illustre à quel point une passion artistique peut parfois se transformer en gouffre économique. Réalisateur de légende, encensé pour des œuvres telles que « Le Parrain » ou « Apocalypse Now », il s’est lancé, envers et contre tout, dans la production de son projet le plus personnel : « Megalopolis ». Pourtant, malgré un casting prestigieux emmené par Adam Driver et une sortie soutenue par Lionsgate, le film s’est soldé par un échec cuisant dès ses premiers jours en salle.
Un investissement colossal… pour des recettes faméliques
Difficile de saisir l’ampleur du revers sans évoquer les chiffres. D’après les estimations, la somme engagée par Coppola – incluant la production (au moins 120 millions de dollars) et la promotion (jusqu’à 20 millions) – atteint facilement les 135 millions de dollars. La désillusion fut rapide : seulement 4 millions engrangés lors du premier week-end d’exploitation, puis un total mondial plafonnant à 14,4 millions. Avec la règle habituelle du partage en salles (environ moitié pour les exploitants), la part qui revient à Coppola s’avère dérisoire face au budget colossal investi.
Tenter de limiter la casse : ventes et privations personnelles
Confronté à cet abîme financier, le cinéaste a dû prendre des mesures radicales. Comme il l’a confié sur le podcast « Tetragrammaton », « Je n’ai plus d’argent parce que j’ai investi tout ce que j’avais emprunté dans Megalopolis. » Pour éponger les pertes, il a notamment cédé sa villa privée au Belize pour 1,8 million de dollars et plusieurs parts dans ses vignobles réputés. Un épisode rapporté par The Hollywood Reporter relate également la mise aux enchères de sa précieuse collection de montres – certaines estimées à plus d’un million –, preuve tangible du sacrifice consenti.
Dans une rare déclaration faite lors du Festival de Cannes 2024, il nuance toutefois : « Tous mes enfants ont réussi sans héritage. L’argent n’a pas d’importance. » Pourtant, face à cette spirale déficitaire, Coppola confie au New York Times avoir besoin de liquidités « pour maintenir le navire à flot. »
L’avenir incertain du film et la stratégie sur le long terme
Malgré quelques projections événementielles orchestrées par le réalisateur lui-même et une brève disponibilité en VOD – où l’œuvre n’a guère trouvé son public –, les revenus secondaires restent anecdotiques. Pire encore : aucune sortie officielle n’est annoncée sur Blu-ray ou DVD, Coppola continuant de défendre une expérience strictement cinématographique.
Même en tenant compte d’éventuelles recettes futures sur le long terme grâce aux droits résiduels, la perte semble dépasser aujourd’hui les 100 millions de dollars. Un pari artistique immense qui laisse derrière lui un goût amer, mais témoigne aussi d’une intransigeance créative peu commune dans l’industrie contemporaine.
