Morbius : la preuve qu’un film culte ne se fabrique pas sur commande

Image d'illustration. MorbiusSony / PR-ADN
Le film Morbius, lancé avec l’ambition de marquer les esprits, illustre les limites des stratégies marketing lorsqu’il s’agit de créer un succès culte. Malgré une importante campagne, le long-métrage n’a pas su fédérer une véritable communauté de fans.
Tl;dr
- La ressortie de Morbius a généré des mèmes viraux, mais le film a échoué commercialement malgré l’ironie en ligne.
- Transformer un échec en film culte, comme pour Showgirls, nécessite souvent du temps et l’appropriation par le public, pas seulement du marketing.
- Les films cultes naissent de maladresses ou d’extravagances authentiques, que la promotion artificielle ne peut pas reproduire.
Entre ironie et fiasco : Morbius échoue à devenir culte
En juillet 2022, Sony a tenté un pari audacieux avec la ressortie de Morbius, le film de Daniel Espinosa. Initialement moqué lors de sa sortie en avril pour ses dialogues maladroits et son scénario jugé risible, ce long-métrage inspiré de l’univers Marvel avait rapidement été récupéré par la sphère internet, où l’ironie s’est transformée en véritable déferlante de mèmes. Le fameux slogan «It’s Morbin Time !» a même trouvé écho jusque chez la star du film, Jared Leto, qui s’est prêté au jeu sur les réseaux sociaux. Malgré cette popularité numérique décalée, la tentative de relancer le film dans un millier de salles s’est soldée par un échec commercial cinglant. Preuve s’il en fallait que la viralité ne crée pas nécessairement une communauté fidèle autour d’un échec.
L’histoire se répète : Showgirls ou la longue route vers le statut culte
Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’un studio espère transformer un bide en phénomène. En 1995, MGM avait essayé de redorer le blason de Showgirls, réalisé par Paul Verhoeven, en le repositionnant comme une comédie kitsch après sa débâcle initiale. Les séances nocturnes à Los Angeles et une communication appuyée sur le second degré n’avaient pas suffi à inverser la tendance : il aura fallu attendre près d’une décennie pour que les spectateurs eux-mêmes s’emparent du film et lui confèrent progressivement son statut d’œuvre queer et volontairement outrancière.
L’impossible recette du film culte : entre spontanéité et maladresse fascinante
Nombreux sont ceux qui ont voulu rééditer le miracle du Rocky Horror Picture Show, indétrônable reine des minuits cinéphiles. Studios et distributeurs ont souvent pensé qu’en misant sur l’excentricité ou l’autodérision, pensons à Snakes on a Plane ou encore à Repo! The Genetic Opera, il suffirait d’un marketing décalé pour provoquer une ferveur durable. Mais selon les mots mêmes de Susan Sontag, cités dans son essai Notes on Camp, la magie opère uniquement quand le public s’approprie l’objet :
- Cult classics naissent souvent d’échecs sincères ou d’extravagances non calculées.
- L’aspect involontaire ou authentique demeure central dans leur adoption par une communauté.
À trop vouloir forcer la main, les studios passent à côté de cette alchimie subtile : les spectateurs sentent immédiatement si l’on tente artificiellement de susciter l’adhésion.
Laisser germer le phénomène… ou tourner la page ?
Finalement, tout indique que ni ironie virale ni campagne tapageuse ne peuvent créer un engouement réel autour d’un film jugé seulement mauvais, comme ce fut le cas pour Morbius. Seuls le temps et les regards singuliers sauront dire si, dans quelques années, ces œuvres seront réhabilitées ou définitivement oubliées. L’histoire montre que c’est toujours au public, et à lui seul, que revient ce pouvoir.
