Il y a quatre ans, un film de science-fiction inattendu éclipsait l’univers Marvel

Image d'illustration. Everything Everywhere All at OnceA24 / PR-ADN
Il y a quatre ans, un film de science-fiction inattendu est venu bouleverser le paysage du cinéma populaire, surpassant les standards établis par le Marvel Cinematic Universe et marquant durablement les amateurs du genre.
Tl;dr
- Le MCU échoue à exploiter le multivers avec cohérence.
- Everything Everywhere All at Once renouvelle le genre avec brio.
- Marvel espère se relancer grâce à Avengers: Doomsday.
L’ambition contrariée du multivers chez Marvel
Au lendemain du triomphe d’Avengers: Endgame, Marvel Studios s’est heurté à un défi de taille : comment renouveler l’univers cinématographique après une décennie d’intrigues bouclées ? La réponse est venue avec l’introduction du multivers, censé offrir une nouvelle fresque épique à travers les phases quatre, cinq et six, réunies sous la bannière de la Multiverse Saga. L’objectif était limpide : préparer l’affrontement contre Kang le Conquérant, interprété par Jonathan Majors. Pourtant, cette stratégie a rapidement montré ses limites.
La majorité des productions récentes – de Black Widow à Thor: Love and Thunder, en passant par les futurs Thunderbolts* – n’ont fait qu’effleurer, voire ignorer, le concept du multivers. Seule exception notable : la série Loki, qui a su explorer ce thème avec rigueur. Ailleurs, des œuvres comme Doctor Strange in the Multiverse of Madness ou Ant-Man and the Wasp: Quantumania se sont embourbées dans des règles contradictoires et un manque flagrant de cohérence. Le renvoi de Jonathan Majors n’a fait qu’aggraver la désorganisation narrative.
Everything Everywhere All at Once, un modèle inattendu
Pendant que Marvel cherchait son souffle, un outsider venait rebattre les cartes. Réalisé par Daniel Kwan et Daniel Scheinert, Everything Everywhere All at Once, produit pour moins de 25 millions de dollars par A24, s’est imposé comme une référence du genre. Non content d’avoir généré plus de 143 millions au box-office mondial et d’être devenu le plus grand succès de son distributeur, le film a séduit public et critiques (93% sur Rotten Tomatoes), raflant au passage sept Oscars majeurs — dont Meilleur film, Meilleure réalisatrice et Meilleure actrice pour Michelle Yeoh.
Là où le MCU échoue, le cinéma indépendant innove
Là où les productions Marvel voient dans le multivers une simple mécanique scénaristique – propice aux clins d’œil ou à l’introduction de nouveaux ennemis –, les réalisateurs surnommés « les Daniels » en font le moteur philosophique d’une réflexion intime. Evelyn Wang, incarnée par Michelle Yeoh, est confrontée à toutes les vies qu’elle aurait pu mener. La notion d’infinité devient alors source de vertige existentiel, bien éloignée du spectacle creux auquel nous a habitués la franchise super-héroïque.
Pour renforcer ce propos central, la réalisation soigne chaque détail technique :
- Montage rythmé évoquant la fragmentation cognitive propre au multivers.
- Cadrages distincts selon chaque univers pour ancrer visuellement chaque réalité.
- Tonalités émotionnelles toujours guidées par le parcours d’Evelyn.
Autant d’éléments rarement maîtrisés chez Marvel.
Vers une nouvelle tentative ?
Face aux critiques et à l’essoufflement créatif, Marvel Studios tente désormais un nouveau pari : faire table rase avec Avengers: Doomsday, attendu en décembre 2026, avant un ultime éclat avec Avengers: Secret Wars. Difficile de savoir si ces futurs blockbusters sauront enfin donner toute sa mesure au concept de multivers — à moins que l’exemple donné par le cinéma indépendant ne serve enfin d’inspiration pour renouer avec l’ambition… et la cohérence.
