Clint Eastwood aurait décliné un film de super-héros, faute d’en saisir le concept

Image d'illustration. Dick TracyTouchstone Pictures / PR-ADN
Clint Eastwood, figure emblématique du cinéma américain, aurait refusé de participer à un film inspiré de comics, invoquant des difficultés à saisir l’univers et les codes de ce genre cinématographique alors en plein essor.
Tl;dr
- Clint Eastwood a refusé « Dick Tracy » pour rester « Dirty Harry ».
- Le film de Beatty a surpassé les échecs d’Eastwood en 1990.
- L’intérêt d’Eastwood pour le drame primait sur la réussite commerciale.
Quand Clint Eastwood disait non à « Dick Tracy »
Au mitan des années 1980, Clint Eastwood s’est vu proposer un rôle qui, avec le recul, aurait pu marquer un tournant dans sa carrière. Pourtant, l’acteur et réalisateur a préféré décliner la proposition d’incarner le fameux détective de bande dessinée dans le projet que portait alors John Landis, future adaptation par Warren Beatty. À l’époque, Eastwood n’imaginait pas endosser une seconde fois l’habit du flic iconique, après avoir marqué les esprits avec son personnage de Dirty Harry. Comme il le confiait à Landis : « Je suis Dirty Harry, je ne peux pas être Dick Tracy ».
Un choix artistique avant tout ?
Ce refus prend d’autant plus de relief que l’année 1990 fut particulièrement difficile pour la star. Deux films majeurs portés par Eastwood, « White Hunter Black Heart » et « The Rookie », déçoivent à la fois critique et public. Si l’échec cuisant de « White Hunter Black Heart » — seulement 2,3 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de 24 millions — marque un revers sévère, il illustre aussi la volonté du cinéaste d’explorer des territoires nouveaux, loin des préoccupations commerciales. Endosser le rôle d’un réalisateur tourmenté inspiré par John Huston, voilà ce qui comptait alors davantage pour lui.
L’ombre portée du succès populaire
Dans le même temps, « Dick Tracy », porté et réalisé par Warren Beatty, n’a pas non plus rencontré un succès phénoménal malgré ses ambitions visuelles. Si le film rapporte 162 millions de dollars dans le monde — bien plus que les résultats obtenus par Eastwood cette année-là —, son budget explosif limite sérieusement les bénéfices. Rétrospectivement, il paraît clair qu’accepter ce projet aurait pu éviter à Eastwood une année noire sur le plan commercial.
L’hésitation face au genre super-héroïque
En réalité, c’est aussi une question de génération et de compréhension du genre. À cette époque pré-« Batman » (version Tim Burton) triomphale de 1989, les films adaptés de comics restent perçus comme risqués ou gadgets. John Landis résumait ainsi la position d’Eastwood : « Je ne pense pas qu’il ait compris pourquoi on ferait un film tiré d’une bande dessinée ». Difficile cependant d’affirmer que la présence d’Eastwood aurait transformé radicalement l’avenir du film ou sa propre trajectoire. Après tout, c’est en s’éloignant des sentiers battus qu’il retrouvera son éclat grâce à « Unforgiven » deux ans plus tard.
Parmi les facteurs expliquant la prudence d’Eastwood :
- Saturation personnelle avec le rôle du policier solitaire ;
- Doute sur la pertinence artistique des adaptations de comics ;
- Désir manifeste d’élargir sa palette dramatique.
Ce rendez-vous manqué avec « Dick Tracy » s’inscrit surtout comme une parenthèse révélatrice du positionnement singulier d’une icône hollywoodienne face aux évolutions du cinéma populaire.
