Retour sur la querelle entre Quentin Tarantino et Roger Ebert : décryptage d’un conflit emblématique

Image d'illustration. Pulp FictionJersey Films / PR-ADN
Le réalisateur Quentin Tarantino et le célèbre critique Roger Ebert ont entretenu une relation tumultueuse marquée par des désaccords publics. Retour sur les origines et les principaux épisodes de cette querelle qui a agité le monde du cinéma.
Tl;dr
- Ebert a encensé Tarantino réalisateur, mais pas acteur.
- Critiques acerbes sur ses rôles dans certains films.
- Tarantino a publiquement répondu à Ebert des années plus tard.
Une admiration teintée de critiques
Difficile d’évoquer la carrière de Quentin Tarantino sans mentionner l’enthousiasme que suscitait son travail auprès du regretté critique Roger Ebert. Le célèbre chroniqueur ne tarissait pas d’éloges sur la capacité du cinéaste à transformer le langage du grindhouse et le pastiche des années 1970 en véritable œuvre d’art. Des films comme Pulp Fiction, Jackie Brown, les deux volets de Kill Bill, ou encore Django Unchained figuraient régulièrement au sommet des classements d’Ebert, saluant le sens du dialogue et l’inventivité de leur auteur.
Pourtant, cette reconnaissance n’était pas sans réserves. Deux réalisations avaient laissé le critique perplexe : Death Proof, intégré dans le diptyque « Grindhouse » — un hommage jugé trop pointu pour un public qui n’existait plus — et surtout, le tout premier film de Tarantino, Reservoir Dogs. Malgré une promesse indéniable, Ebert y voyait des faiblesses structurelles et regrettait le manque de profondeur psychologique.
L’acteur Tarantino : des choix contestés
Là où l’admiration d’Ebert s’estompe nettement, c’est lorsqu’il aborde les talents d’acteur de Tarantino. Dans sa chronique au vitriol de « Destiny Turns on the Radio », il s’étonne : « La déception, c’est que Tarantino ne joue pas lui-même. […] Au lieu de parler avec brio à toute vitesse, il marmonne avec un accent du Sud-Ouest et range son charisme. Dans ce cas, pourquoi être à l’écran ? » Pour Ebert, aucun doute possible : la place naturelle de Tarantino reste derrière la caméra. Il lui reconnaît toutefois le droit à quelques caméos ironiques ou apparitions amicales, mais juge sévèrement ses ambitions d’acteur à part entière.
La critique devient récurrente. « Somebody to Love », où Tarantino campe brièvement un barman, est qualifié par Ebert comme une nouvelle étape anodine dans son parcours chez les autres réalisateurs.
Tarantino contre-attaque face aux critiques
Cette désapprobation persistante n’a pas manqué de faire réagir le principal intéressé. Interrogé par Playboy Magazine en 2003, l’auteur de Pulp Fiction confie sa frustration face à ce qu’il perçoit comme une injonction à se cantonner au rôle du réalisateur providentiel pour Hollywood. Il raconte même avoir confronté Ebert après que ce dernier ait attribué un « booby prize » à sa performance dans « Somebody to Love ». Tarantino s’interroge alors : pourquoi serait-il légitime pour un acteur comme Steve Buscemi de se risquer derrière la caméra et pas pour lui d’apparaître devant ?
Si les talents indiscutés de réalisateur de Tarantino font consensus chez les critiques comme Ebert, ses incursions devant la caméra restent nettement plus controversées — une dualité qui nourrit aujourd’hui encore les débats cinéphiles.
