Alien Nation : comment un semi-échec est devenu une saga culte

Alien Nation
Alien Nation — Fox / PR-ADN

Sorti en 1988, Alien Nation n’a pas explosé au box-office. Mais son idée, des aliens réfugiés sur Terre, a lancé une franchise inattendue.

En bref

  • Alien Nation sort en 1988.
  • Le film rate son gros envol.
  • Mais la franchise a survécu.

Il y a des films qui cartonnent puis s’évaporent. Et il y a Alien Nation, sorti le 7 octobre 1988, qui a fait presque l’inverse. Pas le raz-de-marée espéré par le studio, pas le gros phénomène pop de fin de décennie, mais une idée assez forte pour tenir sur la durée, jusqu’à devenir une saga culte avec série, téléfilms, comics, romans et plusieurs tentatives de retour à l’écran.

Un buddy movie SF qui prenait l’alien à contre-pied

Le point de départ reste très solide. Dans le Los Angeles du film, des extraterrestres appelés les Newcomers vivent désormais sur Terre après avoir fui leur monde d’origine. On suit alors Matthew Sykes, flic joué par James Caan, forcé de travailler avec Sam Francisco, un détective newcomer incarné par Mandy Patinkin.

Forcément, la cohabitation ne démarre pas bien. Sykes accepte mal ce partenaire imposé, et l’enquête n’arrange rien puisque le meurtre de son coéquipier le met sur la piste d’un gangster newcomer. Le cœur du film, c’est donc ce duo mal assorti lancé contre un réseau de drogue newcomer, avec une vraie énergie de buddy-cop des années 1980. Sauf qu’ici, l’alien n’est pas un monstre à abattre. C’est le collègue.

Sous l’enquête, une vraie lecture sociale

C’est là que Alien Nation se distinguait vraiment. Les Newcomers ressemblent en grande partie aux humains. Pas de tentacules, pas de silhouettes géantes, pas de déluge d’effets. À la place, une autre langue, d’autres coutumes, une culture propre, et cette question assez simple en apparence, comment vivre ensemble quand tout pousse à la méfiance ?

Le film s’en sert pour parler de préjugés, de discrimination et aussi d’immigration. Les aliens ne sont pas là pour raser la planète. Ils deviennent voisins, collègues, policiers, citoyens. Bon, il y a aussi des criminels, des tensions et des figures toxiques des deux côtés, mais c’est justement ce qui rend l’ensemble plus intéressant qu’un simple film d’action SF.

Une franchise plus tenace que son box-office

Le plus surprenant, c’est ce qui s’est passé ensuite. En 1989, Alien Nation devient une série télé qui reprend la base du film et pousse plus loin l’univers des Tenctonese, le vrai nom des newcomers. On apprend alors qu’il s’agit d’une race extraterrestre génétiquement créée pour l’esclavage, avant sa fuite loin des Overseers.

La série ne dure qu’une saison. Mais l’histoire continue quand même avec quatre téléfilms, Dark Horizon, Body and Soul, Millennium et The Enemy Within. Si on ajoute le film d’origine, on arrive à cinq films, même si le comptage global de la franchise devient vite flou selon ce qu’on inclut côté télévision et dérivés.

Pourquoi Alien Nation compte encore

Pas mal de franchises naissent d’un carton immédiat. Alien Nation, non. Son héritage vient surtout de son concept, à mi-chemin entre polar et science-fiction sociale. Et même si un reboot a fini par se perdre en route, la licence n’a jamais totalement disparu des radars.

Trente-huit ans plus tard, c’est peut-être ça, le vrai test. Un film qu’on n’attendait plus continue d’exister dans la mémoire pop, parce qu’il parlait déjà d’intégration, d’identité et de peur de l’autre sans lâcher le spectacle. Clairement, pour une œuvre née en marge du grand cirque SF des années 1980, ce n’est pas rien.

Morgan Fromentin

Éditeur·rice

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