Attention, spoilers. Le twist de Digger transforme Tom Cruise en acteur jouant un acteur, un virage méta rare qui dit beaucoup sur sa carrière.
En bref
- Digger transforme Tom Cruise en acteur qui joue lui-même un rôle d’acteur.
- Le film oppose une star toute-puissante à un artiste rongé par le doute.
- Il questionne directement la célébrité de Tom Cruise et l’impact réel du métier d’acteur.
Le gros choc de Digger n’est pas que Tom Cruise joue un salaud. Il l’a déjà fait. Le vrai twist, celui qui rebat les cartes dès le premier acte, c’est que Digger devient un film sur un acteur en train d’incarner ce salaud, et là, oui, on tient quelque chose de franchement neuf dans sa carrière.
Le twist qui change tout
Au départ, Tom Cruise semble jouer Digger Rockwell, un magnat du pétrole octogénaire dont les forages irresponsables déclenchent une catastrophe environnementale massive. Puis le film révèle qu’on ne regardait pas exactement ces événements, mais une version scénique de ceux-ci.
La pièce s’appelle Fossil Fools. Le Digger qu’on voyait était donc Digger tel qu’interprété par un acteur fictif, Curtis Markson. Et voilà le point clé, Tom Cruise ne joue plus seulement un personnage, il joue un acteur qui joue un personnage, tout en suivant les galères de Curtis en coulisses pendant les dernières répétitions, où il cherche aussi sa fille. Résultat ? C’est la première fois que Tom Cruise incarne explicitement quelqu’un qui exerce son propre métier.
Un anti-Ethan Hunt, puis son miroir
Ce qui marche très bien, c’est la façon dont Alejandro G. Iñárritu utilise l’image publique de Cruise. En surface, Digger Rockwell est l’anti-Ethan Hunt parfait, même énergie, même force de persuasion, même présence écrasante, sauf qu’ici tout sert l’égoïsme pur et la destruction du monde.
Mais le film Digger ne s’arrête pas à ce renversement. Avec Curtis Markson, il montre l’autre face, un acteur connu, respecté, mais miné par le doute, sur son rôle comme sur l’utilité même de cette satire dans un futur proche dystopique. Bref, Alejandro G. Iñárritu a les deux tableaux, la star démiurgique et l’artiste qui se demande si son travail sert à autre chose qu’à divertir.
Pourquoi ce rôle compte dans sa carrière ?
Des rôles troubles, Tom Cruise en a déjà. Collateral, Magnolia, un peu La Momie. Il a aussi déjà poussé le grotesque avec prothèses dans Interview With the Vampire ou Tropic Thunder. Donc non, le simple contre-emploi ne suffit pas à faire événement.
Là où Digger tape juste, c’est dans sa lecture de la star persona de Tom Cruise. Depuis des années, son cinéma ressemble à une réflexion déguisée sur sa propre célébrité. Ici, la question devient plus frontale, presque inconfortable, l’acteur Tom Cruise a-t-il eu un impact positif au-delà du spectacle, surtout face à un monde que le film présente comme un reflet à peine masqué du nôtre ?
Le film n’apporte pas de réponse nette, et c’est sans doute sa meilleure idée. La pièce ne sauve pas le monde. Elle semble juste compter pour ceux qui restent. Et pour une industrie qui adore recycler les mêmes franchises jusqu’à l’os, voir une star de ce calibre se lancer dans un objet aussi méta a quand même du poids. Digger est en salles, et même s’il devait se planter, il le ferait selon ses propres règles.