Le projet multimédia Circuit Breaker relance la Fugitive Doctor, mais son évolution interroge. Et si Doctor Who lissait déjà son idée la plus forte ?
En bref
- Le Docteur fugitif avait marqué les esprits par son caractère brutal et mystérieux, mais la franchise semble vouloir la rendre plus consensuelle.
- Son rapprochement avec UNIT et Martha Jones renforce ce retour aux éléments familiers de la saga.
- Le roman écrit par Jo Martin pourrait enfin apporter des réponses sur ses souvenirs et son identité.
Doctor Who traverse une drôle de phase. Plus de série télévisée en continuation annoncée, une franchise qui survit via les comics, l’audio et le jeu, et au milieu de ça, son concept le plus intrigant de la dernière décennie risque déjà d’être rangé dans la boîte à nostalgie.
Une idée brillante, puis un retour vers le connu
Quand Chris Chibnall a lancé le Docteur fugitif dans Fugitive of the Judoon, l’effet était brutal. Pas le Docteur attendu, pas Jodie Whittaker, mais une incarnation jouée par Jo Martin, amnésique puis soudain lucide, assez pour laisser le Treizième et le public dans le brouillard. Qui est-elle, et pourquoi l’autre Docteur ne se souvient pas d’elle ?
Cette version plus rugueuse, bien moins polie que les incarnations modernes, avait un vrai jus. Elle est revenue ensuite dans quatre épisodes, puis le personnage a continué à vivre en comics, en audio, et désormais dans Circuit Breaker, une aventure multimédia annoncée en juillet 2025.
Sauf que le synopsis donne une impression très familière. On y retrouve UNIT, des artefacts aliens liés notamment aux Weeping Angels, aux Daleks et aux Sontariens, plus une mission de restitution après qu’un ver mémoriel a touché le Docteur fugitif. Bon, sur le papier, ça sonne moins comme une révolution que comme un tour guidé du catalogue.
UNIT veut l’intégrer, au risque de l’adoucir
Le point le plus parlant est là. Petronella Osgood insiste sur le fait que ce Docteur n’est pas comme les autres, mais tout semble organisé pour gommer cet écart. UNIT lui offre même un prototype de tournevis sonique pour la rallier. Et la présence de Martha Jones appuie encore ce retour vers le connu.
Même l’évolution du personnage va dans ce sens. En interview, Jo Martin parle d’un « dégel général du personnage » et précise que, sous tout ça, elle est faite de « gentillesse et d’équité ». Le projet insiste aussi sur ses doutes face à ses méthodes, surtout la violence, avec des mémos qui évoquent jusqu’à une forme de thérapie proposée par UNIT. Clairement, on dessine les limites de ce qu’une Docteure peut être.
Pourquoi ce choix peut se comprendre, et pourquoi il gêne ?
D’un côté, la logique se tient. Russell T. Davies est parti, aucun successeur n’est prévu pour poursuivre la série, et la marque doit continuer à exister ailleurs. Rendre ce Docteur plus accessible peut aider à élargir le public. Et l’implication de Martha Jones permet aussi de faire un geste vers une histoire pas toujours brillante dans la représentation des femmes noires.
Mais le problème reste entier. Si les fans se sont accrochés à le Docteur fugitif, c’est justement parce qu’elle n’était pas lisse. Et voir Doctor Who devenir soudain prudent avec la violence a quelque chose d’assez ironique pour une saga qui revient sans cesse sur la guerre, le génocide et la complicité du Docteur.
Les prochaines sorties peuvent encore renverser la table
Rien n’est figé. Full Circuits arrive le 22 septembre, puis Short Circuits le 24 septembre. Et il y a aussi The Kaleidoscope, publié par Penguin Books le 9 mars, avec un vrai élément à surveiller : le roman est écrit par Jo Martin elle-même.
Son résumé annonce une plongée dans les souvenirs perdus du Docteur fugitif. Un extrait attribué au Docteur laisse entendre que cette amnésie serait liée au Silence, ennemi récurrent de l’ère Matt Smith. Encore une vieille figure ramenée dans l’équation, oui. Mais si ce livre répond enfin aux questions brûlantes sur son identité et sur son changement, alors ce virage plus doux pourra peut-être tenir debout.