Frank Miller raconte comment RoboCop 2 a mené tout droit à Sin City

Sin City
Image d'illustration. Sin City — Dimension Films / PR-ADN

Derrière RoboCop 2, Frank Miller a vécu un choc créatif. Une expérience de cinéma chaotique qui a fini par nourrir sa série la plus marquante.

En bref

  • Frank Miller relie RoboCop 2 à Sin City
  • Le film a subi de lourdes réécritures
  • Son livre Push the Wall est disponible

On retient souvent les chefs-d’œuvre, rarement les détours. Pourtant, chez Frank Miller, c’est un film cabossé comme RoboCop 2 qui a déclenché quelque chose de bien plus vaste, jusqu’à nourrir Sin City.

Un détour par Hollywood, puis un choc

Pour les fans de super-héros, le nom de Frank Miller renvoie d’abord à Daredevil: The Man Without Fear, à Batman: The Dark Knight Returns, et à nombre d’autres classiques. Mais il y a ce crédit plus inattendu, presque absurde si on le découvre après coup, celui de scénariste sur RoboCop 2, sorti en 1990.

Il n’a pas seulement écrit pour le film. Il y apparaît aussi dans un caméo non crédité, puis reviendra plus tard sur RoboCop 3. Et c’est tout sauf un détail, puisque ce seront ses seules incursions dans le cinéma pendant plus d’une décennie.

Pourquoi écrire un film peut vous échapper

À l’occasion de la sortie de son livre Push the Wall: My Life, Writing, Drawing, and the Art of Storytelling, Frank Miller est revenu sur cette expérience. Ce qu’il raconte est assez limpide, en fait. Écrire un film, surtout un gros film, ce n’est pas tenir seul la barre. C’est entrer dans une machine collective où tout peut bouger.

Il explique avoir énormément réécrit RoboCop 2. Dans son souvenir, un long métrage ressemble à une créature fragile, avec une quantité folle d’éléments à coordonner. Réalisateurs, producteurs, équipe au sens large, tout le monde doit garder une discipline de fer pour que l’ensemble reste cohérent. Vu comme ça, on comprend mieux pourquoi l’exercice peut vite devenir chaotique.

Le vrai héritage de RoboCop 2

Mais le plus intéressant arrive après. Le studio considérait son script de RoboCop 2 comme impossible à filmer. Résultat, d’autres réécritures ont suivi, avec un autre scénariste, puis avec Frank Miller lui-même. Des années plus tard, il recyclera d’ailleurs une partie de ces idées dans des comics RoboCop.

Et c’est là que le sujet dépasse le simple making-of. Voir ses idées recalées l’a rendu plus déterminé à faire, dans ses BD, exactement ce qu’il voulait. Mieux, il a voulu créer un comic pensé pour ne pas être traduisible au cinéma. C’est de cette impulsion qu’est né Sin City. Le contraste est fort, et assez beau quand même, un projet freiné par l’industrie qui pousse son auteur vers une œuvre encore plus personnelle.

Un livre qui relit tout le parcours

Cette relecture vient donc de Push the Wall: My Life, Writing, Drawing, and the Art of Storytelling, le mémoire de Frank Miller, désormais disponible. Ce que raconte cet épisode dépasse le cas RoboCop. Il dit quelque chose de plus large sur la frontière entre cinéma et bande dessinée, et sur ce qui arrive quand un créateur décide, après le frottement industriel, de reprendre totalement la main.

Morgan Fromentin

Éditeur·rice

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