Guillermo Del Toro et « At The Mountains Of Madness » : le chef-d’œuvre d’horreur avorté

Image d'illustration. At the Mountains of MadnessAt the Mountains of Madness / PR-ADN
Le projet ambitieux d’adaptation du roman « At the Mountains of Madness » par Guillermo Del Toro n’a jamais vu le jour, malgré l’attente des fans et le talent du réalisateur, laissant le film parmi les grandes œuvres avortées du cinéma d’horreur.
Tl;dr
- Le film ambitieux de Guillermo del Toro n’a jamais vu le jour.
- Projet inspiré par Lovecraft, avec Tom Cruise pressenti.
- L’abandon du film reste une blessure pour del Toro.
Un rêve cinématographique brisé
Il y a des projets qui marquent durablement ceux qui s’y consacrent, même s’ils ne voient jamais le jour. Le cas de « At the Mountains of Madness », porté par le réalisateur Guillermo del Toro, illustre cette réalité. Cette adaptation ambitieuse du roman culte de H.P. Lovecraft devait réunir un budget colossal et une équipe prestigieuse, avec Tom Cruise dans le rôle principal et la caution de James Cameron. Tout semblait réuni pour une réussite : ambitions artistiques, soutien technique et casting au sommet. Pourtant, le projet s’est heurté à l’immuable frilosité d’Hollywood face au risque commercial.
L’univers lovecraftien revisité
Dans le scénario imaginé par del Toro et Matthew Robbins, l’histoire s’éloignait d’une adaptation fidèle pour mieux embrasser l’esprit du maître de l’horreur cosmique. Il était question d’une expédition en Antarctique menée par William Dyer, géologue hanté par la disparition d’un groupe de chercheurs. Au fil des découvertes – cités perdues, créatures millénaires et menaces indicibles –, les spectateurs auraient plongé dans l’inconnu, confrontés à une vision sombre de la place de l’humanité dans un univers immense et hostile. Si certaines libertés étaient prises pour rendre ce récit plus accessible au grand public, la fidélité à l’atmosphère glaciale et dérangeante de Lovecraft restait centrale.
Une alliance inédite entre blockbuster et terreur adulte
Difficile d’imaginer aujourd’hui ce qu’aurait donné ce mélange rare : un film d’horreur à gros budget revendiquant fièrement son classement R-rated. Pour Guillermo del Toro, il n’était pas question de diluer la violence ou la noirceur du matériau original afin d’obtenir une étiquette plus commerciale. Il visait ce qu’il appelait « Tentpole horror » : des productions ambitieuses comme « Alien » ou « Shining », capables de fédérer le public sans renoncer à la puissance viscérale de leur propos. Pourtant, c’est justement cet entêtement artistique qui fit obstacle : les studios refusèrent finalement d’accorder leur confiance à un tel pari.
Pour bien comprendre ce que le public a perdu, voici quelques éléments clés du projet :
- Tournage en 3D native, alors en vogue après « Avatar ».
- Casting prestigieux incluant Ron Perlman aux côtés de Tom Cruise.
- Batailles contre des créatures mythiques, dont Cthulhu et les terrifiants Shoggoths.
L’échec d’un projet devenu mythe personnel
Depuis l’abandon brutal du film par Universal en 2011, la blessure reste vive chez del Toro. À plusieurs reprises, il a confié combien cette déconvenue l’avait marqué : « Le collapse d’« At the Mountains of Madness » m’a vraiment coupé les ailes. » Malgré quelques tentatives pour relancer la machine — évoquant même une version en stop-motion avec Phil Tippett — rien ne s’est concrétisé. Et si aujourd’hui, l’intérêt renouvelé pour l’horreur adulte pourrait offrir une nouvelle chance au projet (avec pourquoi pas un Ryan Gosling ou un Timothée Chalamet), il subsiste toujours chez le cinéaste la peur d’une nouvelle désillusion devant cet univers impitoyable… aussi bien à Hollywood qu’au cœur des glaces éternelles de Lovecraft.
