Hellboy 3 : la fin qui n’a jamais eu lieu

Hellboy
Image d'illustration. Hellboy — Revolution Studios / PR-ADN

Le troisième Hellboy de Guillermo del Toro n’a jamais vu le jour. Budget, tensions créatives, timing raté, tout a fini par bloquer.

  • Hellboy de Guillermo del Toro devait conclure une trilogie où le héros accepte son destin apocalyptique, avec Liz au cœur de l’enjeu émotionnel et des conséquences familiales majeures.
  • Le projet était déjà préparé dans Hellboy 2, mais il a été abandonné malgré des idées de suite très ambitieuses et un univers en expansion.
  • Le troisième film a été annulé pour des raisons surtout industrielles (budget, studios, rentabilité), et les reboots suivants n’ont pas comblé le manque laissé par cette conclusion jamais réalisée.

Il manque un vrai dernier acte à la saga Hellboy de Guillermo del Toro. Et ce n’est pas un petit détail de fan obsédé par les franchises. Sans Hellboy 3, les deux films existants ressemblent à une montée en puissance stoppée net, alors que le cinéaste avait une fin en tête, ambitieuse, sombre, et franchement taillée pour marquer durablement le genre super-héroïque.

Une fin pensée comme une apocalypse intime

Chez Mike Mignola comme chez Guillermo del Toro, Hellboy n’est jamais un héros classique. C’est littéralement la bête de l’Apocalypse, invoquée pour détruire le monde puis détournée de ce destin. Ron Perlman racontait en 2015 que la vision de del Toro pour le troisième film était très théâtrale, très cinématographique, et complètement tordue.

Le réalisateur l’avait lui-même résumé en 2014 sur Reddit en expliquant que Hellboy devait accepter son destin inévitable, devenir cette bête de l’Apocalypse pour vaincre l’ennemi du troisième film, et en sortir plus sombre encore. La clé, c’est Liz. Dans sa version, Guillermo del Toro avait fait du couple HellboyLiz Sherman le centre émotionnel de la saga, alors que les comics les traitent plutôt comme des amis.

Le film suivant était déjà caché dans Hellboy 2

Hellboy 2: The Golden Army préparait la suite, parfois de façon très frontale. Une scène post-générique abandonnée montrait le milliardaire Roderick Zinco récupérant la tête de Kroenen, pendant qu’un Raspoutine spectral observait. En 2008, del Toro décrivait d’ailleurs son idée comme un film à la Indiana Jones and the Last Crusade, avec des méchants richissimes alliés aux nazis. Oui, on était sur ce niveau de grand n’importe quoi pulp, dans le bon sens du terme.

Et il y avait pire, ou mieux. La fin de Hellboy 2 révèle que Liz est enceinte de jumeaux. D’après Ron Perlman, un enfant devait avoir une apparence humaine, l’autre démoniaque, avec une opposition morale entre les deux. Le film semait aussi l’idée que sauver Hellboy entraînerait plus tard des conséquences apocalyptiques, pendant que le prince Nuada annonçait déjà la fin d’un monde.

Pourquoi le projet s’est fracassé en coulisses ?

Le vrai mur, c’était l’industrie. Le premier Hellboy a frôlé les 100 millions de dollars au box-office, soit environ 93 millions d’euros, et le deuxième a tourné autour de 178 millions, soit environ 165 millions d’euros. Pas honteux. Pas suffisant non plus pour vendre facilement un troisième volet plus gros, plus risqué, avec un budget réclamé d’environ 111 millions d’euros.

Columbia Pictures distribuait le premier film, puis Universal Pictures a repris le second avec l’idée d’une franchise plus serrée côté budget. Sauf que Guillermo del Toro voulait l’inverse pour conclure. Et la roue a tourné, les ventes DVD qui avaient aidé les deux premiers ne constituaient plus un filet de sécurité. En 2017, après avoir consulté les parties concernées, le cinéaste a annoncé sur les réseaux sociaux que la suite ne se ferait pas. Puis il a ajouté, cœur lourd, que ce n’était pas sa décision.

Il y avait aussi du créatif. Mignola a reconnu plus tard avoir perdu toutes les batailles sur Hellboy II. Il refusait déjà un troisième film en 2013, et a aussi bloqué l’idée d’un Hellboy 3 en comics pour garder séparées les versions papier et cinéma.

Les reboots n’ont pas effacé ce manque

Ni le reboot Hellboy de 2019, ni Hellboy: The Crooked Man en 2024 n’ont refermé la plaie. Le premier voulait manifestement élargir l’univers des comics au cinéma, mais s’est pris les pieds dans son ton et son montage. Le second collait mieux à l’ambiance de Mike Mignola, sauf que ses moyens minuscules le faisaient paraître bien pâle face au souffle visuel de Guillermo del Toro.

Résultat, les fans reviennent toujours au même regret. Pas juste un film annulé. Une conclusion envolée.