Un des épisodes les plus aimés de Doctor Who a failli tourner à la polémique religieuse. En cause, une église qui explose et une vieille loi britannique.
En bref
- En 1971, Doctor Who fait exploser une église à l’écran, au point que certains téléspectateurs pensent qu’elle a réellement été détruite.
- Pour éviter la polémique religieuse, la production modifie soigneusement le scénario et présente Azal comme un extraterrestre plutôt qu’un démon.
- Aujourd’hui culte, The Dæmons reste l’un des épisodes marquants de la série, notamment pour son intrigue autour du Master et son final spectaculaire.
Voir une église exploser dans Doctor Who, en 1971, ça ne passait pas comme un simple effet de fin d’épisode. Et le plus fou, c’est que pas mal de téléspectateurs ont cru que la série avait vraiment détruit le bâtiment.
Une explosion trop crédible pour passer inaperçue
Dans The Dæmons, diffusé entre fin mai et mi-juin 1971, le final de la première série de la série télévisée Doctor Who se termine par la destruction de l’église où se joue l’affrontement autour d’Azal. Des spectateurs ont reconnu St. Michael’s Church, à Albourne, dans le Wiltshire, et ont écrit à la BBC, horrifiés par ce qu’ils pensaient être la destruction d’une vraie église.
Sauf que non. Le bâtiment pulvérisé à l’écran était un modèle réduit, fabriqué par le designer effets visuels Peter Day avec son assistant Ricky Grosser, puis filmé avec un effet d’agrandissement pour lui donner la taille du lieu réel. Comme quoi, oui, Doctor Who, souvent moqué pour ses effets spéciaux, a déjà réussi à berner son public. Clairement, ce n’est pas la pire ligne de son CV.
Le vrai piège, c’était la loi sur le blasphème
Le contexte compte. En 1971, le Royaume-Uni conservait encore une loi sur le blasphème, héritée du common law en Angleterre et au Pays de Galles, avec une protection très nette du christianisme, surtout de l’Église d’Angleterre.
Cette législation ne sera affaiblie qu’avec la loi sur les droits humains de 1998, avant de disparaître avec le Criminal Justice and Immigration Act de 2008. Autrement dit, quand l’épisode arrive à l’antenne, la production sait très bien qu’elle joue avec un sujet inflammable.
Tout le scénario a été nettoyé pour éviter le satanique
Du coup, le script a été verrouillé avec soin. Même si une grande partie de l’intrigue se déroule dans une église, le mot God n’est jamais prononcé. Les talismans ne sont pas des crucifix. L’espace sous l’église est décrit comme une « caverne » et non comme une crypte.
Et surtout, Azal n’est pas un démon. C’est un alien, revenu si souvent sur Terre qu’il a influencé l’imaginaire humain autour des démons. Même la prière inversée initialement prévue a sauté au profit de Mary Had a Little Lamb récité à l’envers. Le titre lui-même est passé de The Demons à The Dæmons. Les sous-titres de production attribuent beaucoup de ces changements à Terrance Dicks, très attentif à éviter les sous-entendus sataniques.
Pourquoi The Dæmons reste un gros morceau de Doctor Who ?
Ce n’est pas juste une vieille polémique. The Dæmons reste l’un des récits les plus aimés de la série, au sein de la saison 8, celle qui introduit le Master version Roger Delgado et qui commence à sortir le Docteur de son exil terrestre jugé trop limitant. Réalisé par Christopher Barry, écrit sous le pseudo Guy Leopold par Robert Sloman et Barry Letts, le serial suit le plan du Master, caché sous l’identité du révérend Magistar, pour réveiller Azal.
Le Docteur et Jo Grant, jouée par Katy Manning, tentent d’empêcher ce réveil. Puis Azal accorde son pouvoir au Master, s’apprête à tuer le Docteur, avant d’être déstabilisé par le sacrifice de Jo. Résultat, son pouvoir se retourne contre lui et détruit l’église. Depuis, Doctor Who est revenu dans des églises, y compris avec The Church on Ruby Road en 2023, mais sans en refaire sauter une. The Dæmons est d’ailleurs visible gratuitement sur la chaîne YouTube Doctor Who: Classic.