Le regard sévère de Tolkien sur l’univers de Narnia

Les Chroniques de Narnia
Image d'illustration. Les Chroniques de Narnia — Walt Disney Pictures / PR-ADN

Tolkien admirait C.S. Lewis, mais il jugeait Narnia presque insupportable. En cause, un mélange de mythologies qui heurtait sa vision de la fantasy.

En bref

  • J. R. R. Tolkien critiquait fortement Les Chroniques de Narnia, non pas pour le style mais pour son univers jugé incohérent et trop mélangé.
  • Il reprochait à C. S. Lewis de combiner mythologies et éléments hétérogènes, là où il défendait une fantasy structurée et homogène.
  • Malgré leur amitié et une influence réciproque, leurs visions de la fantasy divergeaient profondément, Tolkien restant un puriste attaché à la cohérence de la Terre du Milieu.

Deux monuments de la fantasy, deux visions presque incompatibles. C’est ça, le vrai sujet. J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis étaient proches, travaillaient dans le même cercle littéraire à Oxford, les Inklings, mais dès qu’on parle de Narnia, l’entente s’arrêtait net.

Deux géants, une rupture de goût très nette

John Ronald Reuel Tolkien ne remettait pas vraiment en cause le talent d’écriture de Clive Staples Lewis. Ce qui le faisait bondir, c’était l’univers lui-même. Pour lui, Les Chroniques de Narnia relevaient presque de l’hérésie fantasy, rien de moins.

Dans une biographie de C.S. Lewis, il lâche même une formule sèche sur cet assemblage de créatures et de références. Il aurait résumé son agacement ainsi : « Ça ne marche vraiment pas, vous savez ! Je veux dire, « Les nymphes et leurs manières, la vie amoureuse d’un faune ». Il ne sait donc pas de quoi il parle ? ». Le ton dit tout. Pas de demi-mesure, et franchement, ça ressemble bien au personnage.

Ce que Tolkien ne supportait pas dans Narnia

Le fond du problème, ce n’était pas juste une question de préférence. Alan Jacobs, professeur de littérature à Wheaton College, expliquait en 2005 que J.R.R. Tolkien était horrifié par la manière dont Les Chroniques de Narnia pillait différentes mythologies pour les faire cohabiter.

On parle d’un monde où se croisent des faunes, des centaures, des éléments venus du récit chrétien, puis soudain le Père Noël. Pour pas mal de lecteurs, c’est justement le charme du truc. Pour J.R.R. Tolkien, c’était l’inverse : un univers imaginaire devait rester cohérent, tenir debout selon ses propres règles, sans laisser d’autres imaginaires déborder dedans. Bref, ce patchwork lui tapait sur les nerfs.

Un puriste jusqu’au bout, même avec lui-même

Ce rejet de Narnia colle parfaitement à l’image d’un Tolkien puriste. Il ne mâchait déjà pas ses mots sur une première adaptation du Seigneur des Anneaux dans les années 1950. Même sévérité avec son propre travail, d’ailleurs.

De son vivant, il n’a publié que Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux. Des livres comme Le Silmarillion ou Contes et légendes inachevés ont été assemblés plus tard par son fils, Christopher Tolkien, à partir de multiples versions. Résultat ? Un auteur obsédé par la précision, la structure, les variantes, le moindre détail de lore.

L’ironie finale de leur tandem créatif

Et c’est là que l’histoire devient savoureuse. C.S. Lewis est souvent présenté comme l’un des moteurs qui ont poussé J.R.R. Tolkien à publier ses récits de Terre du Milieu. En 1955, dans une lettre à un fan, J.R.R. Tolkien rapportait cette phrase de son ami : « Si eux n’écrivent pas le genre de livres que nous voulons lire, alors il faudra bien que nous les écrivions nous-mêmes, mais c’est très laborieux. »

Les deux ont réussi. Magnifiquement, même. Mais leurs plus grands succès ne se répondaient pas de la même façon. C.S. Lewis semblait aimer la Terre du Milieu. J.R.R. Tolkien, lui, voyait dans Narnia tout ce qu’il refusait dans la fantasy.