Annulée après deux saisons, cette série de Ridley Scott n’était pas un simple OVNI sci-fi. Elle prolonge une idée centrale de sa filmographie.
En bref
- Raised by Wolves a duré deux saisons seulement
- La série prolonge l’obsession androïde de Ridley Scott
- Son regard sur l’IA reste rare en science-fiction
Il y a des cinéastes qu’on résume à deux ou trois titres. Et puis il y a Ridley Scott, dont la filmographie forme presque une ligne continue. De The Duellists en 1977 à Alien en 1979, puis Blade Runner en 1982, le cinéaste britannique revient sans cesse à la même question, qu’est-ce qu’un être artificiel quand il commence à ressembler, penser ou souffrir comme nous ? Même son prochain passage par Treasure Island, avec Hugh Jackman, rappelle qu’il ne ralentit pas. Mais ce fil-là, son fil le plus tenace, passait aussi par une série trop vite stoppée.
Une obsession qui traverse presque un demi-siècle
On parle souvent de Alien comme du film qui a installé Ridley Scott. C’est vrai. Pourtant, son autre grande balise, c’est Blade Runner, adapté de Philip K. Dick. Le paradoxe est assez beau, quand même : énorme influence aujourd’hui, mais échec critique et commercial à sa sortie. Un destin qui rappelle, à une autre échelle, Raised by Wolves, longtemps regardée comme une curiosité alors qu’elle prolonge une idée centrale de son auteur.
Raised by Wolves, une colonie née sur des ruines
Lancée en 2020 sur HBO, la série se déroule très loin dans le futur, après la destruction de la Terre. La cause, une guerre catastrophique entre extrémistes religieux et leurs ennemis athées. Sur Kepler-22b, deux androïdes, Mother et Father, incarnés par Amanda Collin et Abubakar Salim, tentent d’élever une colonie humaine qui éviterait de répéter les vieux réflexes tribaux.
Évidemment, ça déraille. Le retour des Mithraic, groupe religieux extrémiste, relance ce conflit générationnel avec les autres survivants. Et la série devient plus qu’un simple récit de survie. Elle travaille des thèmes lourds, la foi, le destin, la responsabilité individuelle, la liberté religieuse.
Pourquoi les androïdes de Scott ne sont jamais de simples machines
C’est là que Raised by Wolves rejoint les grands films de Ridley Scott. Dans Alien, la révélation autour d’un personnage androïde n’était pas seulement un twist marquant. C’était déjà une façon de dire que, chez lui, ces créatures ne sont ni de simples robots ni de vagues copies humaines.
Avec Blade Runner, cette vision prenait une ampleur folle. Les androïdes y occupent un espace trouble, entre conscience organique et machine programmée. Raised by Wolves reprend exactement ce terrain instable, et demande au spectateur d’investir autant d’émotion dans ses personnages artificiels que dans ses humains. Clairement, la série ne cherche ni à vendre une peur facile de l’IA, ni à tomber dans l’adoration béate de la technologie.
Une série plus patiente que spectaculaire
C’est sans doute ce qui la rendait si singulière. Comme Devs, elle réfléchissait vraiment à l’humanité à l’ère des intelligences artificielles, au lieu de courir après le prochain choc visuel. Cette patience, assez rare dans la science-fiction télé, lui donnait une étrangeté tenace.
Et elle éclaire aussi le reste de l’œuvre de Scott. Le même cinéaste qui apporte dans Blade Runner une méfiance claire envers les logiques d’entreprise a aussi fabriqué, via Prometheus et Alien: Covenant, l’un des monstres les plus dérangeants de la saga avec David, joué par Michael Fassbender. Résultat ? Même annulée après deux saisons, Raised by Wolves compte encore. Parce qu’elle montre que, chez Ridley Scott, les androïdes ne sont pas un décor. Ce sont souvent le cœur du problème, et peut-être déjà le cœur de la science-fiction qui vient.