Bien avant Spider-Man, Sam Raimi a bricolé son propre super-héros avec Darkman. Un film culte qui a pesé bien plus lourd qu’on l’imagine.
En bref
- Darkman sort en 1990, loin de Marvel
- Le film révèle la grammaire future de Sam Raimi
- Spider-Man en héritera directement en 2002
Il y a un drôle de paradoxe dans la carrière de Sam Raimi. Pour faire un film de super-héros, il a d’abord dû en inventer un. Et ce détour, en 1990, a fini par peser sur toute l’histoire moderne de Marvel au cinéma.
Quand Sam Raimi n’a pas eu le héros qu’il voulait
À la fin des années 80, Marvel Comics n’existe presque pas sur grand écran. On trouve bien Howard the Duck et The Punisher, mais aucun des deux ne s’impose vraiment face à Superman ou Batman. Dans ce paysage, Raimi veut adapter The Shadow chez Universal. Refus.
Du coup, il fabrique son propre personnage. Darkman sort le 24 août 1990, et c’est tout sauf un détail de filmographie. C’est le moment où un cinéaste fan de comics prouve qu’il peut traduire cet imaginaire au cinéma sans passer par une licence célèbre.
Un super-héros bricolé à partir de vengeance et d’horreur
Le cœur du film, c’est Dr. Peyton Westlake. Ce scientifique met au point une peau synthétique destinée aux grands brûlés. Puis tout bascule quand sa compagne, Julie Hastings, découvre des preuves de corruption liées à son patron et à la commission d’urbanisme. Des hommes de main débarquent, incendient le laboratoire, et laissent Westlake pour mort.
Sauf qu’il survit. Après une intervention sur les nerfs qui supprime la douleur, il utilise sa technologie pour créer des masques et préparer sa vengeance. Sur le papier, c’est pulp. À l’écran, c’est plus étrange, plus sombre, presque gothique par moments, et franchement assez audacieux pour l’époque.
Le casting aide beaucoup. Liam Neeson porte le double rôle Westlake/Darkman, Frances McDormand joue Julie, Ted Raimi et Dan Hicks reviennent après Evil Dead 2, et John Landis passe même dans un cameo à l’hôpital. La critique suit, ce qui n’allait pas de soi pour ce genre de film, avec 80 % sur Rotten Tomatoes. Et côté business, ce n’est pas anecdotique, environ 45 millions d’euros de recettes (48,8 millions de dollars) pour un budget d’environ 13 millions d’euros (14 millions de dollars), avant de très bien vivre en location vidéo.
Le chaînon entre Batman et la formule Marvel des années 2000
On associe souvent le redémarrage du film de comics à Batman en 1989, et c’est logique. Mais Darkman suit cette piste particulière, celle d’un héros moins propre, plus abîmé, qui avance dans le gris plutôt que dans le triomphe solaire de Superman.
Et quand la formule Batman commence à s’user, notamment à partir de Batman Forever, on retrouve ailleurs ce mélange d’ombre et de spectacle. Dans Blade, par exemple, la teinte gothique fait clairement sens. Puis Fox lance le premier X-Men, plus sérieux, plus sombre aussi, et le public suit massivement.
De Darkman à Spider-Man, puis au MCU
C’est là que l’histoire devient assez limpide. Chez Sony, Amy Pascal veut Raimi pour Spider-Man. Il n’est pas le premier choix du studio, mais elle insiste, notamment parce qu’elle sait son attachement au personnage et le précédent Darkman.
La suite, vous la connaissez. Spider-Man sort en 2002, puis Spider-Man 2 avec Doctor Octopus, longtemps vu comme l’un des meilleurs films de super-héros. Le troisième épisode se passe moins bien pour Raimi, qui perd une partie de son contrôle créatif. Mais l’essentiel est ailleurs. Des années plus tard, il revient encore chez Marvel avec Doctor Strange in the Multiverse of Madness, son premier film du MCU. Ce vieux détour par Darkman, clairement, n’avait rien d’un accident. Il annonçait une manière de filmer les super-héros qui nous suit encore.