Sorti en 2009, Gamer imaginait des joueurs contrôlant de vraies personnes. Un film mal reçu, mais bien plus intéressant qu’il n’en a l’air.
En bref
- Gamer est sorti en 2009
- Le film n’adapte aucun vrai jeu
- Son idée reste étonnamment actuelle
On parle beaucoup mieux des adaptations de jeux vidéo aujourd’hui. Et pourtant, il y a 17 ans, Gamer avait déjà compris un truc essentiel, le plus intéressant n’était peut-être pas d’adapter un jeu existant, mais de filmer la logique du jeu vidéo elle-même.
Avant les adaptations à succès, un drôle d’objet filmique
Sorti le 4 septembre 2009, Gamer arrive dans une période où les films liés au jeu vidéo accumulent surtout les ratés, les plaisirs coupables et quelques curiosités cultes. Le twist, justement, c’est que le film avec Gerard Butler n’est tiré d’aucune licence réelle. Il appartient à cette petite famille de films techniquement « jeux vidéo » sans adapter un jeu précis, un terrain où l’on range aussi Scott Pilgrim vs. The World, souvent cité comme la meilleure réussite du genre.
Vu comme ça, Gamer a quelque chose d’un peu à part. Pas un produit dérivé, pas une transposition paresseuse, mais une tentative de transformer des mécaniques vidéoludiques en pur thriller SF.
Des avatars humains, un couloir de la mort et un piège
Derrière la caméra, on retrouve Mark Neveldine et Brian Taylor, le duo de Crank puis Crank: High Voltage. Leur style, ultra nerveux, collait déjà à une idée de cinéma sous adrénaline. Ici, il sert un monde où Michael C. Hall incarne Ken Castle, un programmeur devenu l’homme le plus riche du monde grâce à Society, un jeu où des joueurs contrôlent des acteurs bien réels comme des avatars vivants.
Puis l’idée déraille, forcément. Castle lance Slayers, un FPS grandeur nature dans lequel des condamnés à mort sont pilotés à distance via des nanites implantées dans leur corps. Ils se battent avec de vraies armes. Ils meurent pour de vrai.
Au centre, Gerard Butler joue John Kable Tillman, détenu du couloir de la mort encore vivant après 27 matchs. Il ne lui manque plus que trois victoires pour retrouver sa liberté. En face, Logan Lerman incarne Simon Silverton, joueur de 17 ans qui le contrôle. Et quand Castle injecte dans l’arène le détenu psychotique Hackman, joué par Terry Crews, cette fois sans joueur derrière lui, tout devient très clair, empêcher Kable de sortir.
Un flop au box-office, mais une idée plus solide qu’on l’a dit
Le film a pris cher. Les critiques ont peu goûté son histoire, sa mise en scène ou son action, avec un score de 29 % sur Rotten Tomatoes. Côté salles, le résultat n’a pas suivi non plus, environ 39 millions d’euros de recettes (42 millions de dollars) pour un budget d’environ 46 millions d’euros (50 millions de dollars).
Mais le rejet dit aussi quelque chose de l’époque. Beaucoup l’ont comparé à Crank et l’ont trouvé moins fort. Bon, si on le regarde comme un film d’exploitation SF branché sur les codes du jeu vidéo, il tient quand même bien mieux que sa réputation. Son montage hyperkinétique fabrique une sensation d’écran manette en main, presque abrasive parfois, mais cohérente.
Surtout, Gamer reliait déjà plusieurs obsessions modernes, le multijoueur, le monde ouvert, la téléréalité et la violence transformée en spectacle. Là où Running Man passait par le show télé, lui déplace le problème du côté des joueurs, du contrôle et d’une forme de désensibilisation. Et c’est probablement pour ça qu’il reste intéressant aujourd’hui, pas comme adaptation, mais comme miroir d’une culture qui n’a fait que s’intensifier.