Pourquoi Le Géant de fer reste un sommet oublié de l’animation

Le Géant de Fer
Le Géant de Fer — Warner Bros. Feature Animation / PR-ADN

Sorti presque en catimini en 1999, Le Géant de fer a d’abord échoué au box-office. Son parcours raconte aussi comment un film culte finit par trouver son public.

En bref

  • Un chef-d’œuvre d’abord ignoré au cinéma
  • Le film adapte librement Ted Hughes
  • Son message pacifiste a marqué durablement

On connaît aujourd’hui Le Géant de fer comme un monument de l’animation. Ce qui frappe, c’est que le film a commencé sa vie presque à l’envers, avec une sortie discrète, un studio peu investi et un box-office famélique.

Un classique qui a raté son rendez-vous en salles

Sorti en août 1999, le long-métrage de Brad Bird n’a pas bénéficié du lancement qu’on réserve aux films censés compter. Chez Warner Bros., l’enthousiasme semblait franchement limité, au point que le réalisateur racontera plus tard à JoBlo que le studio n’avait pas vraiment d’espoir pour le projet et ne lui avait donné qu’une simple affiche teaser, sans vraie campagne derrière.

Résultat, le public l’a à peine vu passer. Malgré d’excellentes critiques, qui poussaient les spectateurs à aller le voir tant sa promo avait été faible, Le Géant de fer n’a récolté qu’environ 5 millions d’euros (5,7 millions de dollars) lors de son premier week-end. Et pourtant, la suite raconte autre chose. Avec la vidéo, le film a trouvé ses fans, puis une place de plus en plus solide parmi les meilleurs films d’animation, et même parmi les grands films des années 1990.

Le roman de Ted Hughes, même point de départ, autre regard

À la base, il y a The Iron Man, un livre pour enfants publié en 1968 par le poète Ted Hughes, futur Poet Laureate au Royaume-Uni. Le point de départ est le même, un colosse métallique de quinze mètres tombe de l’espace, perd des morceaux, les récupère, puis dévore du métal, y compris des tracteurs.

Mais le livre raconte l’histoire depuis le point de vue du robot, là où le film choisit celui de Hogarth Hughes, un garçon solitaire passionné de science-fiction. Dans le texte de Hughes, Hogarth capture même le géant avec un filet avant de l’enterrer vivant. C’est déjà la même matière, mais pas du tout le même mouvement.

Brad Bird transforme la fable en récit de guerre froide

Chez Brad Bird, l’action se déroule à la fin de 1957, dans la petite ville côtière de Rockwell, dans le Maine, juste après le lancement de Sputnik. Ce décor compte beaucoup. Il injecte dans l’histoire une peur très américaine de l’ingérence soviétique, et donne au film une tension politique que le livre n’a pas.

Le géant, doublé en VO par Vin Diesel, arrive de la mer, souffre d’amnésie à cause d’un choc sur la tête et se cache dans les bois. Il finit dans une casse sous l’œil de Dean, artiste beatnik joué par Harry Connick Jr., tandis que l’agent fédéral anticommuniste Kent Mansley, incarné par Christopher McDonald, veut le neutraliser. Tout le cœur du film est là, un être conçu comme une arme découvre la violence humaine et la rejette. Le message pacifiste, franchement assumé, reste d’une efficacité rare.

Le livre part vers la science-fiction folle, le film vers le culte

Et là, les deux œuvres bifurquent complètement. Dans le roman, le printemps suivant, le géant ressort de terre, rejoint tranquillement la communauté, puis affronte en Australie un dragon venu de l’espace. Le combat passe par le feu, le dragon finit brûlé après s’être envolé vers le soleil, et le vainqueur lui ordonne d’utiliser sa voix chantante pour apaiser l’humanité. Oui, ça se termine par un nouvel âge de paix mondiale.

Le livre a d’ailleurs assez marqué l’Angleterre pour inspirer en 1989 un album-concept à Pete Townshend, du groupe The Who. Ce n’est pas anodin, puisqu’il produira aussi le film de Brad Bird. Ted Hughes écrira ensuite The Iron Woman en 1993, autour des déchets toxiques. Quant à Bird, il enchaînera avec The Incredibles, Ratatouille puis Mission: Impossible – Ghost Protocol. Pas mal pour un film que son studio n’avait pas vu venir. Et ça dit quelque chose de durable, un classique ne naît pas toujours au bon moment, mais il finit souvent par rattraper son époque.

Morgan Fromentin

Éditeur·rice

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