Pour Russell Crowe, Gladiator 2 a oublié ce qui faisait battre le cœur du premier film. Et son explication dépasse largement la nostalgie.
- Russell Crowe juge la suite moralement plus faible
- Il évoque aussi un box-office décevant
- Selon lui, le premier touchait un public plus large
Sur le papier, Gladiator 2 avait tout. Ridley Scott à la mise en scène, Denzel Washington et Pedro Pascal à l’écran, une marque encore immense vingt ans après. Et pourtant, pour Russell Crowe, le film s’est presque évaporé du débat culturel.
Une suite massive, puis presque plus rien
L’acteur en a parlé au festival de Taormina, avec un point de vue assez net. Ce qui faisait du premier Gladiator un classique n’aurait pas vraiment survécu dans la suite. On pouvait attendre un prolongement à la hauteur du mythe. Lui voit surtout un film qui a gardé le prestige extérieur, mais pas le cœur moral.
Le point de rupture selon Crowe, la morale de Maximus
Pour Crowe, tout part de Maximus. Pendant le tournage du premier film, il raconte qu’il y avait de la pression du studio et des producteurs pour ajouter des relations sexuelles entre son personnage et les personnages féminins. Il dit avoir résisté, et précise que Ridley Scott, même s’il voyait l’intérêt possible d’une telle scène, l’a soutenu.
Sa phrase est limpide, et elle dit beaucoup de sa lecture du film. « Quand nous tournions ce film, il y avait beaucoup de pression. Le studio, les producteurs pensaient qu’il devrait y avoir du sexe entre Maximus et les personnages féminins. J’ai continué à repousser ça ». Résultat, aucune scène intime entre Maximus et Lucilla, jouée par Connie Nielsen.
Pourquoi il estime que Gladiator 2 a échoué
C’est là que son jugement devient plus dur. Selon lui, Gladiator 2 a détruit ce centre moral, et c’est précisément ce qui l’a fait trébucher. Il va jusqu’au box-office pour appuyer son idée, en rappelant que la suite a à peine atteint les recettes du premier, malgré les vingt années écoulées.
Il le formule ainsi, sans contour. « Pour eux, dans un deuxième film, détruire ce centre moral. C’est très intéressant parce que le deuxième film a à peine pris le même box-office que le premier film. C’est 20 ans plus tard. Quand vous appliquez à quel point la valeur d’un dollar a changé, ils ont échoué. Ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas compris pourquoi le film original avait eu du succès ».
Ce que le premier racontait, et que la suite n’a pas retrouvé
Le contraste qu’il pointe n’est pas absurde. Le premier suivait un général admiré, devenu gladiateur, prêt à tout après le meurtre de sa femme et de son enfant. La suite, elle, se concentre sur le neveu de l’antagoniste du premier film, envoyé dans l’arène après la conquête de son foyer par des empereurs romains.
Même raconté comme ça, on voit la différence de poids narratif. Le premier avait une vraie gravité, une douleur qui dépassait le simple spectacle. Le second, dans cette lecture, ressemble davantage à une tentative de refaire la même étincelle en comptant sur les grands noms.
Le public que tout le monde n’avait pas vu venir
Et puis Crowe ajoute quelque chose de plus surprenant. À la question de savoir qui avait le mieux compris l’âme de Gladiator, il répond, les femmes. D’après lui, dès la deuxième semaine d’exploitation mondiale, il y avait plus de femmes que d’hommes dans les salles.
Son explication mérite qu’on s’y arrête. « C’est la chose que beaucoup de gens ne réalisent pas, à partir de la deuxième semaine de sortie mondiale, il y avait toujours plus de femmes dans les salles que d’hommes. Vous pensez qu’en surface Gladiator est un film pour les hommes, mais si c’était un film pour les hommes, il parlerait de revenge, mais ce n’est pas ça. C’est un film pour les femmes parce qu’il parle de vengeance ».
Ce qu’il défend, au fond, c’est une idée assez simple. Un péplum ne tient pas longtemps par sa seule ampleur. Il lui faut une colonne vertébrale morale. Et si cette lecture s’impose chez les studios, on verra peut-être moins de suites prestigieuses, mais creuses.