Pourquoi Scooby-Doo dure depuis 1969 sans jamais rester le même

Scooby-Doo
Image d'illustration. Scooby-Doo — Hanna-Barbera / PR-ADN

De Velma aux films vidéo des années 1990, Scooby-Doo a survécu en changeant sans cesse. C’est précisément ce qui divise, et ce qui le maintient vivant.

En bref

  • Scooby-Doo survit en changeant sans arrêt
  • Chaque refonte divise, puis trouve son public
  • Velma prolonge une vieille logique

Le vrai secret de Scooby-Doo, ce n’est pas la nostalgie. C’est le mouvement. Une franchise née en 1969, encore active aujourd’hui, n’aurait jamais tenu six décennies en recyclant seulement un chien froussard, un masque arraché à la fin et la même poursuite en boucle.

Une base culte, mais jamais figée

La série originelle, Scooby-Doo, Where Are You!, reste le mètre étalon pour pas mal de fans. Pourtant, elle n’a duré que trois saisons avant de devenir un monument via la rediffusion. Son équipe, imaginée par Joe Ruby et Ken Spears, s’inspirait déjà d’une autre fiction, The Many Lives of Dobie Gray. Même au départ, il y avait donc de la réinvention.

Ce premier modèle a imposé une grammaire redoutable, générique immédiatement reconnaissable, course-poursuite, faux monstre, démasquage final. Efficace, confortable, mais très cadré. Alors Hanna-Barbera a vite commencé à dévier. Dans The New Scooby-Doo Movies, la bande croisait aussi bien Batman et Robin que Don Knotts, les Harlem Globetrotters ou Josie and the Pussycats. Ce mélange du réel, du semi-réel et du fictif a donné à la licence une petite dimension méta, encore visible aujourd’hui.

Les années 1980 ont cassé la machine

Puis est arrivé Scrappy-Doo. Personnage très contesté, mais révélateur. S’il débarque en 1979, c’est parce que les anciennes formules attiraient moins les enfants du samedi matin. Et il ne s’est pas contenté de passer, il a carrément dominé une bonne partie des années 1980.

Le plus étrange, quand même, c’est ailleurs. Pendant cette période, Fred, Daphne et Velma disparaissent souvent de l’écran, alors que Scrappy reste. À leur place, on voit surgir des figures comme Deputy Dusty ou Flim-Flam. Le sommet du délire, c’est The 13 Ghosts of Scooby-Doo, avec Vincent Van Ghoul, les fantômes Weerd et Bogel, et une équipe qui défie toute logique interne.

Quand les monstres sont devenus vrais

Là, la franchise a trouvé un levier bien plus important qu’il n’y paraît. Dans plusieurs versions des années 1980, les monstres ne sont plus seulement des humains cupides déguisés, ils existent vraiment. Fantômes, gobelins, loup-garou récalcitrant, et même une mythologie autour de 13 spectres libérés à travers le monde.

Cette idée a explosé dans les films vidéo lancés avec Scooby-Doo on Zombie Island en 1998. Encore aujourd’hui, beaucoup y voient le haut du panier. Et on comprend pourquoi, humour plus affûté, musique solide, ton plus sombre, parfois plus émotionnel. Les suites avec aliens, monstres de réalité virtuelle, sorcières et les Hex Girls ont prolongé cette veine. Depuis, Scooby-Doo revient souvent au faux monstre, mais il affine aussi ses cibles, les riches types corrompus en costume y deviennent souvent plus inquiétants que les vampires.

Un labo visuel et tonal jusqu’à Velma

Côté image, la série a rarement cessé de muter. A Pup Named Scooby-Doo rajeunit la bande, What’s New, Scooby-Doo? mise sur des couleurs vives, Shaggy and Scooby-Doo Get a Clue tente un style plus excentrique, Scooby-Doo! Mystery Incorporated pousse la sérialisation et Be Cool, Scooby-Doo, malgré les critiques sur son design, fait partie des versions les plus drôles et imaginatives.

Et les personnages ont bougé avec le reste, Daphne plus débrouillarde, Velma amoureuse, Fred plus obsessionnel. Le live action de 2002 écrit par James Gunn, avec Freddie Prinze Jr., Sarah Michelle Gellar, Linda Cardellini et Matthew Lillard, a aussi ouvert une porte plus adulte. C’est dans cette logique que s’inscrit Velma, série 2023 créée par Charlie Grandy, avec humour adulte, violence, diversité accrue, style différent et absence remarquée de Scooby. Le résultat divise, clairement. Mais le fond ne change pas, la franchise avance en prenant des risques, y compris sur le sous-texte queer, jusqu’au crush de Velma dans Trick-or-Treat, Scooby-Doo. Et c’est sans doute pour ça que Mystery Inc. tient encore debout là où tant d’autres licences tournent à vide.

Morgan Fromentin

Éditeur·rice

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