Quand Battlestar Galactica a exploré la religion, tandis que Star Trek l’a laissée de côté

Image d'illustration. Battlestar Galactica, saison 1.Sky One / PR-ADN
Contrairement à Star Trek, qui a généralement écarté les thématiques religieuses, Battlestar Galactica a choisi d’explorer en profondeur les questions de foi et de spiritualité, marquant ainsi une différence notable dans l’approche narrative des deux séries cultes.
Tl;dr
- La religion structure « Battlestar Galactica » et ses conflits.
- Humains et Cylons opposent polythéisme et monothéisme.
- La série questionne la foi sans offrir de certitude.
Une relecture audacieuse du rapport à la religion
Réinventée par Ronald D. Moore, la série « Battlestar Galactica » se distingue par sa façon de mettre la religion au cœur d’un univers où l’affrontement entre humains et machines devient aussi philosophique que technologique. Ce choix tranche nettement avec l’approche de son créateur précédent : sur Star Trek, franchise où Moore a fait ses premières armes, la foi restait en retrait, fidèle à la vision très rationnelle de Gene Roddenberry. Lui-même athée, il imaginait un avenir façonné par le seul humanisme.
Des dieux grecs aux desseins des machines
Mais dans « Battlestar Galactica », le décor est tout autre : l’humanité, héritière du panthéon des Lords of Kobol, vénère des dieux dont les noms rappellent ceux de la mythologie grecque, comme Apollo, Athena, ou encore le vaisseau Pegasus commandé par un certain Cain. Héritage direct du créateur originel, le mormon Glen A. Larson, ce socle religieux sert de toile de fond à une intrigue où les humains ne sont pas seuls à revendiquer leur spiritualité. Le contraste se fait alors plus tranché : les Cylons, créatures artificielles nées des mains humaines, rejettent ce polythéisme au profit d’un strict monothéisme.
Cylons : machines et quête spirituelle
Si cette opposition pourrait sembler manichéenne, elle s’avère bien plus nuancée à l’écran. Pour Moore, qui avoue lui-même être agnostique (« …the basis of faith and how can you come at it: one God, many gods, no gods, who knows. »), il était crucial d’explorer toutes les strates de la croyance. Les Cylons proclament que « Dieu est amour », mais justifient en son nom l’anéantissement des Douze Colonies humaines. Cette contradiction éclaire crûment leurs rapports ambigus à l’humanité.
Parmi les personnages principaux – humains comme Cylons – les convictions religieuses divergent fortement :
- Laura Roslin et Kara Thrace/Starbuck affichent leur foi.
- D’autres restent sceptiques ou détachés face au sacré.
- Certaines unités Cylon (Six, Leoben) évangélisent ; d’autres ironisent sur leur propre dogme.
Doutes persistants et héritage narratif
Là où beaucoup attendraient des réponses claires, « Battlestar Galactica » préfère laisser planer le doute : même son final controversé suggère l’existence d’une force divine… sans jamais lever totalement le voile sur ses intentions. Une position qui interroge notre propre rapport au sacré et confère à la série une résonance singulière parmi les grands récits de science-fiction contemporaine.
