Le retour réussi de Strange New Worlds ne masque plus la réalité : Star Trek ralentit sur le streaming, symptôme d’un modèle qui craque partout.
En bref
- Star Trek connaît son premier grand vide depuis onze ans.
- La stratégie streaming de Paramount montre ses limites.
- La franchise veut retrouver l’audace au cinéma.
Onze ans. C’est le temps qu’a tenu Star Trek avec au moins une nouvelle série validée ou en production. Cette continuité vient de casser, et c’est bien plus qu’un trou dans le planning. C’est un signal industriel.
Une série en forme, une machine en panne
Le plus ironique, c’est que Strange New Worlds revient en pleine forme. Sa saison 4 démarre fort, avec un score critique de 100% sur Rotten Tomatoes, et Anson Mount s’impose encore comme le vrai capitaine de cette phase TV via son Christopher Pike. Même son épisode de reprise, avec voyage temporel et paradoxe au cœur de l’histoire humaine, joue avec les règles de la franchise Star Trek avec une vraie aisance.
Mais derrière ce bon démarrage, le décor a changé. Strange New Worlds s’arrêtera à la saison 5. Starfleet Academy a été annulée. Et après ça, plus grand-chose. Résultat ? Une franchise qui semble respirer côté créatif, tout en freinant sec côté production.
L’ère Kurtzman a relancé Star Trek, puis révélé ses limites
Pour comprendre, il faut remonter à l’après-Star Trek Beyond, dont l’échec a poussé Paramount à confier le renouveau à Alex Kurtzman. L’idée était limpide : faire de Star Trek l’un des moteurs de CBS All Access, devenu ensuite Paramount+. Et sur ce point, le plan a marché. Discovery a battu des records d’inscriptions en 2017.
Ensuite, la franchise a produit en quantité, comme à sa grande époque des années 1990, avec un flux continu de séries et même un film pensé pour le streaming. Sauf que ce cycle a vite montré ses fissures. Beaucoup de nostalgie, une difficulté à équilibrer héritage et nouveauté, des arcs de saisons jugés inégaux, et un raté assez spectaculaire avec Section 31. En parallèle, l’audience a reculé alors que les coûts restaient élevés. Quand la direction change chez Paramount, la stratégie change aussi.
Le vrai sujet, c’est Hollywood tout entier
Ce qui arrive à Star Trek n’a rien d’isolé. C’est presque le résumé de la décennie streaming. Les studios ont branché leurs grosses licences sur leurs plateformes, en promettant bibliothèque géante, séries inédites et fidélité par abonnement. Sur le papier, pas mal. Dans les comptes, beaucoup moins.
Marvel revient de plus en plus vers ses vieux totems, au point que Avengers: Doomsday ressort des acteurs absents depuis vingt ans. Star Wars a capitalisé sur les classiques avec The Mandalorian avant de devenir toujours plus obsédé par sa continuité. Doctor Who, lui, a remis sur la table des idées des années 1980 et des méchants des années 1960. Même logique partout : la nostalgie rassure, puis elle s’use.
Et les guerres culturelles ont encore compliqué la donne, de The Acolyte aux procès en « woke » lancés contre Doctor Who ou Marvel. Surtout, cette période a encouragé la quantité avant la qualité. Vous le sentez dans presque toutes les franchises.
Le reboot cinéma a une mission simple, redevenir audacieux
Bon, le plus intéressant est peut-être là. Hollywood recommence à comprendre qu’empiler du contenu pour retenir des abonnés revient souvent à dépenser beaucoup pour stagner. Du coup, le retour au grand écran reprend du sens, y compris pour Star Trek.
Jonathan Goldstein et John Francis Daley ont été recrutés pour écrire et réaliser la relance cinéma. À la San Diego Comic-Con, Goldstein a expliqué : « Ce ne seront pas les personnages que vous avez déjà vus dans vos films Star Trek. Ce sera donc une nouvelle approche, et probablement un peu plus loin dans le futur que ce que nous avons exploré jusque-là. »
Franchement, c’est la bonne direction. Moins de recyclage, plus de risque. Pour Star Trek, ce n’est pas une fin. C’est un avertissement, et peut-être enfin une occasion de repartir là où la franchise fonctionne le mieux, vers l’inconnu.