Attendue depuis des années, la suite écrite et réalisée par Aaron Sorkin déçoit lourdement, jusqu’à fragiliser l’héritage de The Social Network.
En bref
- La suite déçoit presque partout
- Aaron Sorkin réalise, et ça se voit
- Le 6 janvier cristallise le rejet
On pouvait comprendre l’idée d’une suite à The Social Network. La fin du film de 2010 laissait encore de la place, et entre-temps Facebook, devenu Meta, a redessiné internet tout en mettant la main sur Instagram. Sur le papier, The Social Reckoning avait donc un vrai sujet. Dans les faits, le film est perçu comme un sérieux raté, à la fois en tant que long métrage et comme prolongement d’un classique récent.
Une suite qui avait du sens sur le papier
Ce qui rend la déception plus nette, c’est que la matière existait. Le premier film suivait un Mark Zuckerberg jeune, amer, déjà empêtré dans plusieurs procédures, avec Jesse Eisenberg au centre et une dernière image restée célèbre, celle d’une demande d’ami en suspens. Vous voyez la promesse. Continuer ce récit, alors que le réseau social a depuis bouleversé les usages en ligne, n’avait rien d’absurde.
Mais le nouveau film ne transforme jamais vraiment cette promesse en cinéma. Il martèle ses idées pendant près de deux heures, jusqu’à l’épuisement.
Sans Fincher, la mécanique se dérègle
Le contraste fait mal. Aaron Sorkin avait déjà signé le scénario du premier opus, oscarisé au passage, mais ce texte passait alors dans la machine ultra précise de David Fincher. C’est là que ça devient intéressant. Chez Sorkin, le dialogue peut crépiter, mais il a besoin d’un metteur en scène capable de le canaliser, comme Bennett Miller sur Moneyball.
Ici, Sorkin écrit et réalise. Et le film donne l’impression d’une démonstration qui n’a jamais trouvé sa forme. Moins d’élégance, moins d’élan, beaucoup plus d’insistance. Bref, la différence saute aux yeux.
De grands acteurs, des personnages qui ne vivent jamais
C’est d’autant plus frustrant que le casting avait de quoi tenir. Mikey Madison joue la lanceuse d’alerte Frances Haugen, Jeremy Allen White incarne le journaliste Jeff Horwitz, et Jeremy Strong remplace Jesse Eisenberg en Zuckerberg plus âgé, plus mécanique, plus lâche aussi. Sauf que les acteurs se retrouvent coincés dans des répliques pesantes, centrées sur la liberté d’expression et sur des points répétés encore et encore.
Le problème n’est pas juste le ton. Le premier film construisait un véritable portrait de personnage, celui d’un homme incapable de créer dans sa vie la connexion humaine qu’il vendait en ligne. Ici, cette finesse disparaît. Même la musique est jugée oubliable, là où la partition de Trent Reznor et Atticus Ross reste un repère du film de 2010.
Le final avec le 6 janvier change la nature du malaise
Le choix qui crispe le plus arrive au début, puis à la fin. Le film s’ouvre sur une jeune femme jouée par Portia Doubleday, filmant une altercation avec deux policiers racisés avant de poster la scène sur Facebook. On apprend ensuite qu’elle était proche de Frances Haugen et qu’elle a été radicalisée par des groupes extrémistes sur la plateforme.
Et pendant le témoignage de Haugen, le film la fait réapparaître au cœur de l’insurrection du 6 janvier 2021. Faire réagir le Zuckerberg de Jeremy Strong à cet événement réel pouvait se défendre. Raccrocher ce moment à un personnage de prologue, beaucoup moins. C’est là que The Social Reckoning ne semble plus seulement maladroit, mais franchement mal calibré. Et pour une suite d’un film aussi précis, c’est peut-être le plus mauvais signal.