La première apparition de Catwoman dans Batman #1 ne lance pas seulement une icône. Elle expose aussi, très tôt, le regard de l’époque sur le personnage.
- Batman #1 introduit des éléments clés de son univers, dont le Joker et une première version encore imparfaite de Catwoman, alors appelée The Cat, simple voleuse sans véritable identité iconique.
- Le personnage évolue rapidement dans les premiers comics, gagne son look félin et sa dynamique ambivalente avec Batman, entre attraction et opposition.
- Après avoir été marginalisée dans les années 1950 à cause de la censure, Catwoman est réinventée à plusieurs reprises et devient une figure majeure et modulable de Gotham.
La première apparition de Catwoman a mal vieilli. Pas juste un peu, franchement mal. Dans Batman #1, publié en 1940, Batman et Robin démasquent sur un yacht une voleuse appelée The Cat, qui tentait de dérober un collier sous l’apparence d’une vieille femme. Et au moment où Batman révèle la jeune Selina Kyle, il la menace en gros de la corriger physiquement. Une réplique devenue célèbre pour de mauvaises raisons, et un rappel très net de ce que l’époque jugeait drôle.
Une naissance culte, avec un très mauvais réflexe d’époque
Ce qui frappe, c’est le contraste. Batman, créé en 1939 dans Detective Comics #27 par Bill Finger et Bob Kane, avait déjà affronté des criminels, des savants fous ou des moines vampiriques. Mais Batman #1 change l’échelle, parce qu’il lance vraiment la future galerie de vilains en introduisant aussi le Joker.
Le clown, lui, arrive déjà presque fini. Catwoman, pas du tout. À ce stade, elle n’a même pas encore de motif félin au sens visuel du terme. The Cat renvoie seulement à l’idée de cambrioleuse, pas à un costume ou à une identité iconique.
Le personnage existe déjà, mais pas encore l’icône
Et pourtant, l’essentiel est déjà là. Cette relation à moitié ennemie, à moitié attirance avec Batman, elle naît immédiatement.
Dans Batman #2, désormais appelée Cat-Woman, elle affronte le Joker autour d’un vol de bijoux et s’échappe à la fin. Même chose dans Batman #3, où elle porte enfin un masque félin avec une robe orange et une cape. Le look avait clairement besoin d’un bon réglage, mais le gimmick était posé. Et elle file encore, cette fois en distrayant Batman avec un baiser.
Pourquoi Catwoman disparaît puis revient en force ?
Les années 1950 vont la casser en plein vol. Le psychiatre Fredric Wertham, dans son livre Seduction of the Innocent paru en 1954, la cite comme exemple toxique de représentation féminine, écrivant « Un personnage féminin typique [dans Batman et les comics de super-héros] est Catwoman, qui est vicieuse et utilise un fouet ».
Sa croisade débouche sur la Comics Code Authority. L’historien Brian Cronin, cité par CBR, conteste l’idée d’une interdiction spécifique, mais le résultat reste le même, ou presque, Catwoman s’efface largement. À la place, Batwoman, alias Kathy Kane, incarne un versant plus sage de la Bat-family. Puis la série Batman avec Adam West relance tout. Les passages de Julie Newmar, Lee Meriwether et Eartha Kitt remettent Catwoman au centre et inspirent même d’autres figures comme Poison Ivy.
De voleuse mondaine à figure sociale, les réinventions n’arrêtent jamais
Depuis ses débuts, le personnage garde un sous-texte BDSM assez visible, entre le fouet et certains designs modernes comme celui de Michelle Pfeiffer dans Batman Returns. Frank Miller et David Mazzucchelli le rendent frontal dans Batman: Year One, où Selina est dominatrice avant de devenir voleuse inspirée par la guerre de Batman contre les riches criminels de Gotham.
Ce reboot change aussi sa place sociale. Avant, Selina évoluait dans les mêmes cercles que Bruce Wayne. Depuis Year One, elle vient plutôt d’en bas et protège aussi les femmes oubliées de Gotham. Tom King s’est même amusé, dans son run des années 2010, à faire discuter Bruce et Selina sur leur vraie première rencontre, le bateau de Batman #1 ou le quartier rouge de Year One.
Aujourd’hui, Scott Snyder et Nick Dragotta la reconnectent à Bruce dans Absolute Batman, en amoureux d’enfance de Crime Alley passés par un braquage contre Carmine Falcone. Lui finance sa croisade. Elle revient dans Absolute Batman #13 en vivant parmi le 1%. Et Absolute Catwoman, coécrit avec Che Grayson et dessiné par Bengal, veut pousser encore cette version-là. Honnêtement, c’est le genre de plasticité qui explique pourquoi Catwoman tient depuis plus de 80 ans.