Quand la lenteur sert le vertige, la SF peut briller. Mais pour ces quatre films, le rythme a fini par étouffer des idées pourtant solides.
En bref
- La lenteur ne suffit pas à créer de la profondeur
- Quatre films gâchent des concepts pourtant très solides
- Le vrai problème, c’est souvent le déséquilibre
La science-fiction n’a jamais eu peur de prendre son temps. Et parfois, heureusement. Blade Runner 2049 ou Arrival l’ont bien montré, un rythme posé peut nourrir l’immersion, la tension, l’émotion. Le souci arrive quand cette lenteur ne construit rien de plus qu’une attente vide. C’est là que ces quatre films coincent.
Quand la contemplation avale l’urgence
Avec Ad Astra, le cas est presque frustrant parce qu’on voit très bien l’intention. Roy, incarné par Brad Pitt, traverse le système solaire après de mystérieuses décharges d’énergie menaçant la Terre, avec au bout du trajet une piste liée à son père disparu, Clifford, joué par Tommy Lee Jones. Sur le papier, le mélange entre mission spatiale et drame intime tient debout.
Mais le film passe tellement de temps dans la tête de Roy que l’enjeu principal finit par se dissoudre. Il y a bien du danger, une poursuite sur la Lune, quelques moments chaotiques, sauf que l’urgence retombe sans cesse. On comprend vite que le personnage est distant, abîmé par la figure paternelle, puis le récit insiste encore, encore. Résultat, Ad Astra devient surtout intéressant quand quelque chose arrive enfin.
Des mondes riches, des récits qui patinent
The Creator avait pourtant une belle base. Une guerre entre humains et IA, un ex-soldat caché, Joshua (John David Washington), et une arme suprême qui se révèle être une enfant, Alphie (Madeleine Yuna Voyles). Il y avait là de quoi tenir un vrai récit de bascule morale. Sauf que le film s’attarde trop sur son univers, puis développe le lien entre Joshua et Alphie de façon étrangement bancale, tantôt expédiée, tantôt étirée. Et au milieu, les sauts entre lieux et informations cassent le flux.
Autre embouteillage, Valerian et la Cité des mille planètes. L’univers imaginé par Luc Besson déborde d’aliens, de technologies, de marchés et de civilisations. Valerian (Dane DeHaan) et Laureline (Cara Delevingne) se retrouvent au milieu d’une conspiration liée au peuple de Mül, pendant que la station Alpha affronte une menace majeure. Mais le film donne l’impression de recommencer sans arrêt. Une mission, puis une autre, puis une autre encore. Le rythme ne ralentit pas seulement, il se disperse.
Le mystère qui retient trop ses réponses
Dans Oblivion, la promesse fonctionne immédiatement. Jack Harper, joué par Tom Cruise, répare des drones sur une Terre ravagée après une guerre contre des extraterrestres. Il pense que les survivants ont déjà quitté la planète, jusqu’au crash d’un vaisseau qui fait vaciller sa mémoire, sa mission et sa lecture du monde.
Bon, le problème est simple. Le film étire tellement ses trajets dans des bases vides, ses vols au-dessus de paysages détruits et ses révélations au compte-gouttes qu’il finit par freiner sa propre intrigue. Un mystère lent peut marcher, clairement. Mais à force de repousser les réponses, Oblivion laisse surtout un souvenir visuel, pas narratif. Et ça dit quelque chose de la SF actuelle: avoir une grande idée ne suffit plus, il faut encore savoir quand l’activer.