Certaines séries n’avaient besoin que d’une saison pour marquer. Mais cinq titres récents laissent encore un vide, et l’un d’eux revient autrement.
En bref
- Cinq séries d’une saison laissent encore un manque
- Mare of Easttown aura un retour indirect avec Task
- My Lady Jane reste le cas le plus frustrant
Il y a un paradoxe que la télé adore. Une série peut raconter une histoire complète, viser juste, s’arrêter au bon moment, et quand même vous laisser avec cette impression tenace qu’une saison, ce n’était pas assez. C’est exactement ce qui relie ces cinq titres, entre mini-séries parfaitement calibrées et annulations qui ont coupé court à quelque chose de précieux.
Quand la fin est réussie, mais qu’on en veut encore
Avec Sharp Objects, le cas est presque contradictoire. L’histoire de Camille Preaker, journaliste jouée par Amy Adams, la ramène dans sa ville natale pour enquêter sur le meurtre de deux adolescentes, tout en la replongeant dans une famille bien plus inquiétante qu’elle n’en a l’air. Le thriller psychologique adapté de Gillian Flynn tient surtout par sa tension intime, notamment face à Adora, incarnée par Patricia Clarkson. La fin fonctionne, clairement, mais elle laisse une porte entrouverte. Jean-Marc Vallée et Marti Noxon avaient d’ailleurs expliqué que chacun pouvait imaginer la suite. En 2019, une continuation a été évoquée avec Flynn, puis plus rien.
Même sensation avec The Queen’s Gambit. La trajectoire de Beth Harmon, jouée par Anya Taylor-Joy, ne repose pas seulement sur les échecs. Il y a aussi le traumatisme, l’addiction, la solitude, et cette manière très fine de faire comprendre le personnage dès l’enfance. La série se suffit à elle-même, et son co-créateur Scott Frank n’était pas favorable à une suite. Mais le personnage est si fort qu’une seule saison paraît presque trop courte.
Le polar qui dépasse largement son enquête
Si Mare of Easttown a autant marqué, c’est parce que l’enquête compte autant que ceux qui la traversent. Mare Sheehan, détective interprétée par Kate Winslet, enquête sur la disparition et la mort d’une adolescente dans une petite ville de Pennsylvanie, alors que sa propre vie se fissure de partout.
Ce qui reste, pourtant, ce n’est pas juste le mystère. Ce sont les liens familiaux, la communauté, les personnages secondaires, et cette héroïne fatiguée, butée, parfois mauvaise communicante, donc très humaine. Bon, il y a quand même une forme de prolongement. Pas une saison 2, mais un pseudo-sequel, Task, situé dans le même univers, avec le retour de Lori Ross, jouée par Julianne Nicholson.
Les histoires d’amour qui continuent après le générique
Normal People joue sur autre chose. Pas de grands artifices, pas de rebondissements massifs, juste Marianne et Connell, deux adolescents socialement très différents dont la relation continue d’exister à travers les ruptures, les silences et les changements de vie. C’est là que la série touche juste.
L’alchimie entre Daisy Edgar-Jones et Paul Mescal fait énormément. En douze épisodes, la relation devient suffisamment réelle pour donner envie de rester plus longtemps, même si inventer une nouvelle couche de conflit serait probablement une erreur.
L’annulation la plus frustrante du lot
Et puis il y a My Lady Jane. Sans doute le cas le plus rageant. La série réinvente l’histoire de Lady Jane Grey, reine d’Angleterre pendant neuf jours, avec une approche fantasy, romantique, politique et franchement ludique. Emily Bader y joue une Jane décidée à reprendre le contrôle de son destin.
La série aurait pu virer au chaos, mais non. Elle trouve un ton léger, ose la narration qui casse le quatrième mur, glisse un humour absurde, une bande-son moderne, et garde malgré tout ses personnages au sérieux. La romance entre Jane et Guildford, joué par Edward Bluemel, donne même un vrai cœur à l’ensemble. Huit épisodes, puis l’annulation, alors que d’autres saisons avaient déjà été envisagées. Et ça dit pas mal de la télé actuelle, capable de créer très vite l’attachement, puis de couper net.