Il y a 23 ans, un film détrônait Moulin Rouge et redéfinissait le genre musical

Image d'illustration. Moulin Rouge20th Century Fox / PR-ADN
Il y a 23 ans, un film a bouleversé le classement des comédies musicales au cinéma, surpassant le succès critique et populaire de Moulin Rouge pour s’imposer comme une référence incontestée du genre auprès du public et des spécialistes.
Tl;dr
- Chicago a relancé le film musical adulte à Hollywood.
- Son approche ironique et maîtrisée reste inégalée aujourd’hui.
- Le succès de Chicago a ouvert la voie aux musicals modernes.
L’héritage inattendu d’un classique moderne
À Hollywood, peu de genres ont autant fluctué que le film musical. Pendant des décennies, il fut perçu comme désuet, difficile à vendre, réservé à un public jugé trop restreint pour justifier de grandes productions. Même si quelques titres récents – de Wicked à des animations Disney telles que La Reine des neiges ou encore certains biopics comme « Elvis » – témoignent d’un regain d’intérêt, il faut reconnaître qu’il aura fallu un électrochoc pour réhabiliter pleinement ce style à l’écran.
Chicago, ou l’art du contre-pied
En 2002, alors que le cinéma musical semblait condamné à l’anecdotique, un film a bouleversé la donne : Chicago. Adaptation directe du spectacle new-yorkais de 1975, le long-métrage se distingue immédiatement par sa distance avec les conventions. L’intrigue suit Roxie Hart, femme obsédée par la célébrité prête à tout pour briller sous les projecteurs, et Velma Kelly, également accusée de meurtre. Autour d’elles gravite un avocat charismatique (Billy Flynn) capable de transformer le crime en spectacle médiatique. Loin d’idéaliser ses personnages, le film préfère exposer avec une ironie grinçante les mécanismes d’une société où manipuler la vérité devient une performance.
Là où d’autres misent sur l’émotion ou la romance, Chicago choisit la provocation : ses héroïnes ne cherchent pas la rédemption mais exploitent cyniquement leur environnement. On rit autant qu’on s’interroge sur notre propre fascination face à ces anti-héroïnes.
Mise en scène maîtrisée et rupture narrative
Ce choix radical se traduit aussi dans la forme. Contrairement au foisonnement visuel assumé par un autre pilier du genre, « Moulin Rouge », sorti un an plus tôt, Rob Marshall opte ici pour une mise en scène précise et épurée. Chaque numéro musical prolonge directement l’action : impossible de dissocier chansons et narration tant elles révèlent la vision que les personnages portent sur eux-mêmes. La réussite technique tient aussi dans :
- L’absence de fioritures inutiles et une direction artistique au cordeau.
- L’énergie constante, soutenue par un montage efficace.
- L’hommage subtil au théâtre sans tomber dans l’académisme figé.
Chicago, tremplin des musicals contemporains
Ce n’est pas un hasard si le film a remporté six Oscars dont celui du meilleur film – une première pour un musical depuis plus de trente ans. À travers ce triomphe critique et commercial, Chicago a prouvé qu’un musical pouvait rivaliser avec les grandes œuvres dramatiques hollywoodiennes sans céder aux clichés ni au spectaculaire superflu. Par là-même, il a ouvert la voie à une nouvelle génération : des titres comme « Mamma Mia! », « La La Land », « Tick, Tick… Boom! » ou encore « Wicked » s’inscrivent aujourd’hui dans son sillage.
Vingt ans après sa sortie, il s’impose comme LA référence du genre contemporain – intemporel par sa lucidité, son audace et son respect du public.
