La fin de Joker: Folie à Deux était logique, mais incomprise

Joker: Folie à Deux
Image d'illustration. Joker: Folie à Deux — Warner Bros. Pictures / PR-ADN

Très rejeté à sa sortie, le grand virage de Joker: Folie à Deux n’était peut-être pas une trahison. Plutôt l’idée la plus cohérente du film.

En bref

  • Joker: Folie à Deux a déçu car il ne transforme pas Arthur Fleck en Joker classique.
  • Arthur comprend que Gotham aime surtout le symbole du Joker, pas l’homme derrière le masque.
  • L’idée du film est cohérente, mais son exécution et ses choix musicaux ont brouillé le message.

On peut tourner le problème dans tous les sens, Joker: Folie à Deux a surtout payé une chose: il a refusé de livrer le film que le public pensait avoir acheté après Joker. Et dans une franchise liée à DC, ce genre de pari finit rarement en câlin collectif.

Le vrai malentendu, c’était l’attente des fans

Après le premier film Joker, beaucoup voyaient déjà Arthur Fleck, incarné par Joaquin Phoenix, glisser vers une version plus classique du grand ennemi de Batman. Sauf que le projet de Todd Phillips n’allait pas là. Son idée, c’était un « character study » plus proche de Taxi Driver, Raging Bull, The King of Comedy ou Vol au-dessus d’un nid de coucou que d’un blockbuster de comics.

Le cinéaste l’avait d’ailleurs expliqué en entretien: il voulait plonger en profondeur dans une figure de comics sans super-pouvoirs, sans combats, sans mécanique de franchise traditionnelle. Le choix du Joker collait parfaitement à ça, justement parce que ce personnage n’a pas d’origine définitive. Du coup, transformer soudain cette version en cerveau criminel aurait demandé une mue bien plus brutale que ce que ces deux films racontent vraiment.

Arthur Fleck n’est pas le symbole que Gotham a fabriqué

Quand la suite démarre, Arthur Fleck est enfermé à Arkham et attend son procès pour les crimes du premier film. Mais entre-temps, quelque chose lui a échappé. Après le meurtre télévisé de Murray Franklin, joué par Robert De Niro, Gotham a transformé ce geste en symbole.

C’est là que le film est plus malin qu’on l’a dit. Lee Quinzel, jouée par Lady Gaga, ne tombe pas amoureuse du type dépressif, instable, paumé. Elle s’accroche à l’image. À la légende. Et quand Arthur Fleck commence à comprendre qu’il ne veut peut-être plus être le Joker, tout le monde décroche autour de lui: ses admirateurs, Lee Quinzel, même le regard public pendant le procès. Comme personne, il redevient invisible. C’est cruel, mais c’est parfaitement raccord avec le premier film.

Un twist logique, mais emballé de la pire façon

Spoiler, quand même. Après avoir laissé tomber cette identité, Arthur Fleck est tué à Arkham par un autre détenu, incarné par Connor Storrie, qui raconte une blague avant de l’attaquer puis se taillade le visage en sourire. L’idée est limpide: le Joker peut être repris par quelqu’un d’autre.

C’est précisément ce qui a rendu le twist si détesté. Deux films à suivre Arthur Fleck, pour apprendre qu’il n’était pas vraiment le Joker ? Oui, sur le papier, ça agace. Mais si le Joker est devenu une marque sans visage, presque un rôle collectif, alors Arthur Fleck n’avait pas besoin de devenir le super-vilain ultime pour le créer. Il suffisait qu’il déclenche le mouvement.

Le vrai souci, bref, n’est pas l’idée. C’est l’exécution. La structure complique tout, et les passages musicaux, même pensés comme une extension de sa psyché, ont brouillé la lecture. Joker: Folie à Deux a eu une bonne intuition au pire moment possible. Et ça, dans l’industrie, c’est souvent la façon la plus propre de se faire broyer.

CodexZéro

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